Etes-vous psychopathe? – Jon Ronson

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J’ai lu « Etes-vous psychopathe? » de Jon Ronson sans rien savoir au préalable de ce livre, ni de cet auteur. D’où ma surprise, car d’après le premier chapitre, je pensais lire un thriller où un journaliste enquêterait sur un mystérieux livre envoyé à des sommités universitaires à travers le monde. C’est bien le point de départ du livre, mais « Etes-vous psychopathe? » est en fait un document, où Jon Ronson – qui a notamment écrit « Les Chèvres du Pentagone », je l’ai appris plus tard – questionne le terme de « psychopathe » et cherche à savoir comment ce trouble est reconnu, soigné, et à qui il s’applique. C’est un reportage à 360 degrés sur la folie qu’effectue Jon Ronson, à travers le prisme des malades, des psychiatres, mais aussi de l’industrie pharmaceutique.

Le récit commence effectivement par un mystérieux manuscrit envoyé anonymement à des universitaires du monde entier. Appelé en tant que journaliste pour enquêter sur cette histoire, Jon Ronson entend parler de psychopathes. Intrigué, il cherche à en savoir plus sur cette pathologie : comment peut-elle être détectée? peut-elle être guérie? quel genre de personnes est psychopathe?

A chaque chapitre, Jon Ronson étudie une facette différente de cette pathologie, qui n’est pas vraiment une maladie, mais qui, selon l’un des interviewés, le psychologue canadien Bob Hare ,peut être néanmoins détecté en examinant l’activité de l’amygdale du cerveau. Bob Hare a également créé une sorte de check-list pour faire des diagnostics de psychopathie avec une liste de vingt critères qui peuvent recevoir trois notes : 0 si ce critère n’est pas atteint, 1 s’il l’est partiellement, 2 s’il l’est complètement. La limite au-delà de laquelle on est considéré comme un psychopathe aux USA est de 30 points.

Des psychiatres ont essayé de soigner des psychopathes dans les années 60 et 70 avec des méthodes assez folkloriques, et sans grand succès. Jon Ronson va rencontrer Tony, un homme interné à la suite d’une condamnation pour avoir battu à mort un sdf, qui clame qu’il est sain d’esprit et a fait semblant d’être psychopathe pour aller à l’hôpital psychiatrique et pas en prison. Il semble plus facile de convaincre que l’on est psychopathe que de convaincre que l’on ne l’est pas…Curieusement, Jon Ronson est aidé dans son enquête par des…Scientologues, qui sont contre la psychiatrie et dénoncent les dérives de certains psychiatres.

Jon Ronson évoque également le poids de l’industrie pharmaceutique, qui a tout intérêt à ce que des diagnostics soient posés, afin que des médicaments soient prescrits : aux USA, de plus en plus d’enfants sont diagnostiqués hyperactifs voire même bipolaires, et reçoivent des traitements médicamenteux très lourds. Le journaliste pointe du doigt l’influence de la société sur les normes comportementales: dans différents pays, à différentes époques, on n’est pas considéré « excentrique », « fou », ou « anormal » de la même manière et selon les mêmes critères.

JON RONSON
Jon Ronson

C’est Bob Hare qui dit à Jon Ronson que tous les psychopathes ne deviennent pas des meurtriers. Certains choisissent des professions où leur comportement va être socialement acceptable, notamment dans l’armée ou la police. Beaucoup seraient également, selon le psychologue canadien, dans les hautes sphères de la finance et de la politique, parmi nos dirigeants. Cette déclaration fascine complètement Jon Ronson, qui se met en tête de dépister des psychopathes, grâce à la fameuse check-list de Bob Hare : il va faire passer le test à Emmanuel Constant, un chef d’escadron de la mort haïtien, qui va notamment lui répondre qu’il veut que les gens l’aiment, car ainsi c’est plus facile de les manipuler – ou encore à un ancien PDG qui répond positivement à quasiment tous les critères mais qui lui explique que ce sont les caractéristiques du leadership. Mais finalement, qu’est-ce qui est le plus dérangeant? la personnalité de ce PDG ou le fait qu’il ait été soutenu durant toute sa carrière par des actionnaires qui en toute connaissance de cause lui demandaient de prendre la tête d’entreprises en escomptant une augmentation du prix des actions?

« Etes-vous psychopathe? » de Jon Ronson s’appréhende très facilement. Le sujet est bien sûr extrêmement intéressant, et la façon de l’auteur de se mettre en scène, avec son ton décalé et son humour à froid, est plaisante. J’ai quand même trouvé l’enquête assez décousue, on saute un peu du coq à l’âne, beaucoup de portes sont ouvertes, mais rien n’est vraiment traité en profondeur. Je me suis même parfois demandé pourquoi certaines personnes étaient rencontrées, ou pourquoi certains thèmes étaient abordés dans un livre consacré aux psychopathes… Jon Ronson est passionné par son sujet, et navigue au gré de ses rencontres mais sans vraiment suivre une ligne conductrice ou un angle précis , ce qui n’aide pas à donner de la densité à son enquête. Pourtant, les points qu’il soulève génèrent un vrai questionnement (les normes de la société, le poids de l’industrie pharmaceutique, la tolérance envers les comportements psychopathiques…).

Même s’il m’a semblé un brin bancal et parfois trop superficiel dans sa démarche, « Etes-vous psychopathe? » est un document marquant qui mérite le détour – et nul doute que vous aussi vous serez tenté d’appliquer le questionnaire de Bob Hare au travail et dans votre entourage, histoire de déterminer s’il n’y aurait pas un psychopathe dans les parages…

Publié en Mars 2017 chez Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau, 320 pages.

21e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2017

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2 commentaires pour “Etes-vous psychopathe? – Jon Ronson

  1. Amusant ta lecture ! Intéressant car en lisant ton billet, je ne voyais pas en quoi des enfants hyperactifs avaient à voir avec les psychopathes ! Ce sont deux pathologies totalement différentes même si je rejoins l’auteur sur le poids de l’industrie pharmaceutique. Le livre a l’air sympa mais trop décousu, ce que n’apprécierait pas un psychopathe 😉 Je ne pense pas l’être mais ayant lu quelques bouquins sur les tueurs en série, qui découvrent le manque totale d’empathie, la manipulation, leur extrême intelligence – ils restent mystérieux. D’ailleurs, les plus grands tueurs en série étaient souvent mariés, parents et avaient un job normal. Brrrrrrr

    1. Je pense que cette lecture te plairait, ça se lit vite et bien, et ça ouvre des pistes de réflexion intéressantes…mais c’est vrai que parfois je me demandais pourquoi l’auteur abordait certains thèmes…de psychopathe, il a glissé vers les troubles mentaux de façon générale et les diagnostics plus ou moins biaisés…

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