Asta – Jon Kalman Stefansson

Autre roman que j’ai lu dans le cadre du Prix ELLE : « Asta », roman islandais de Jon Kalman Stefansson, un auteur que j’avais envie de découvrir depuis un certain nombre d’années.

Le roman commence par une scène d’amour entre un jeune couple, Sigvaldi et Helga. Puis l’histoire de la famille va nous être racontée par Sigvaldi, bien des années plus tard, alors qu’il vient de tomber d’une échelle – une chute qui lui sera fatale. Les souvenirs lui viennent de façon chaotique, désordonnée et on comprend vite que l’histoire n’a pas été aussi idyllique que la scène d’introduction – il va être question d’amour, de sexe, d’abandon, de séparation, de décomposition, de mort, de schémas qui se répètent…sans que l’on ait à disposition toutes les pièces du puzzle, puisqu’il n’y a pas de linéarité chronologique dans les scènes qui nous sont racontées.

La narration se complique encore plus car Sigvaldi n’est en fait pas le seul narrateur : Asta, sa fille, prend également la parole dans des lettres, et il y a également un autre narrateur, un écrivain. Les personnages se mettent en place, sur trois générations : il y a donc Sigvaldi et Helga; mais aussi le frère de Sigvaldi et sa femme; Sigrid la nouvelle épouse de Sigvaldi; Asta et sa soeur, les filles de Sigvaldi et Helga; Sesselja la fille d’Asta, qui est élevée par Sigvaldi et Sigrid.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère qui règne dans ce livre, ainsi que l’écriture de Jon Kalman Stefansson, et j’ai vraiment apprécié ce roman. En revanche, la destructuration du récit, et les multiples narrateurs rendent  parfois la lecture fastidieuse. Je comprends que Jon Kalman Stefannson ait voulu renouveler le genre de la saga islandaise et lui apporter une originalité grâce à cette (dé)construction, et cela fonctionne bien : en n’abordant pas l’histoire familiale de façon linéaire, il crée du suspense car on se demande ce qui est à l’origine des situations décrites, comment on en est arrivé là. En revanche, une fois le livre fini, je me suis dit que cette construction permettait de donner artificiellement un souffle à une histoire qui, racontée de façon linéaire, aurait été intéressante – et aurait pu constituer un très beau livre grâce au style d’écriture de l’auteur – mais somme toute assez banale.

Malgré quelques zones d’ombre – je n’ai jamais vraiment compris qui était cet auteur-narrateur, et quel lien il avait avec les protagonistes – une incohérence (Sigvaldi attend Asta, qui est alors adolescente et évoque sa femme Sigrid en disant qu’il est avec elle depuis une vingtaine d’années, ce qui est donc impossible puisqu’elle est sa deuxième épouse), je garde néanmoins un joli souvenir de la lecture d' »Asta » avec de très belles images notamment de l’épisode où Asta est partie travailler à la campagne et se retrouve dans une ferme à l’atmosphère étrange, voire même inquiétante pendant la nuit. Je découvrirai donc avec plaisir d’autres livres de Jon Kalman Stefansson dont j’ai beaucoup aimé le style.

Publié en Août 2018 chez Grasset, traduit par Eric Boury, 496 pages.

22e lecture de la Rentrée Littéraire de Septembre 2018

19 commentaires sur “Asta – Jon Kalman Stefansson

  1. il a eu beaucoup de succès, et tu es la seule à exprimer quelques bémols – j’avais lu un autre de ses livres et contrairement à toi, je n’ai pas du tout aimé le style (trop lyrique, « too much ») du coup je ne veux plus tenter le coup. Je viens de finir un polar islandais et il y avait de nombreux personnages et je crois que c’est typique pour eux de jouer un peu avec le lecteur 😉

  2. Je n’ai jamais lu l’auteur, je suis assez tentée par les nombreux billets que j’ai lus, y compris certains avec des bémols similaires aux tiens. J’ai décidé de faire un dernier achat avant la fin de l’année et pour le moment, c’est lui qui tient la corde… 🙂

  3. Pourquoi dis-tu qu’il donne artificiellement un souffle ? Tu le reconnais toi-même, racontée de façon littéraire, le livre aurait été banal. C’est tout l’art de l’écrivain que de lui avoir donné une forme particulière qui fait, semble-t-il, la qualité du texte… Quoi qu’il en soit, tu donnes plutôt envie de le découvrir, tout comme d’autres avant toi !

    1. ah mais tout à fait, il a trouvé le bon moyen de rendre ce livre intéressant et d’accrocher le lecteur! quand je dis « artificiel », c’est parce que pour moi cette construction ne se justifie que dans ce but, et donc forcément à la fin, il y a un petit goût de déception…

  4. Pour résumer, il faut attendre sa sortie en poche ! Je l’avais noté, et en lisant ton billet, je me disais que finalement, j’allais peut-être passer, mais ta conclusion me convainc de tenter tout de même..

  5. Je suis en train de le lire (il me reste une centaine de pages) . La déconstruction ne me gêne pas car la plume de JKS est très fluide à mon goût et j’aime son humour ; cela dit, ce roman est assez différent des autres que j’ai lu de lui (« Entre ciel et terre », « La tristesse des anges ») où son écriture est vraiment très poétique et lyrique, ici à côté, c’est presque de la rigolade à côté.

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