Ailleurs – Richard Russo

De Richard Russo j’avais lu  ‘Le Déclin de l’Empire Whiting’ pour lequel il avait remporté le Prix Pulitzer en 2002. C’est grâce au Prix ELLE que j’ai eu l’occasion de lire ‘Ailleurs’, un récit que l’auteur consacre à sa mère. Une mère peu commune, belle et élégante, qui l’élève seule dans la bourgade sinistrée de Gloversville suite à son divorce, pour qui l’indépendance est primordiale, et qui occupe un relativement bon poste chez GE pour une femme des années 50-60.

Mais c’est lorsque Richard Russo décide de partir faire ses études en Arizona que les choses se gâtent. Sa mère décide de l’accompagner, et donc d’aller vivre à 4000 kilomètres de Gloversville où elle avait toujours vécu.
C’est le début d’une longue dégringolade, professionnelle et mentale, et d’une série de déménagements successifs que Richard Russo, seul puis avec sa femme, supporte, organise et finance. A chaque fois, le même schéma se répète: pour des raisons professionnelles, Richard Russo doit déménager. Sa mère veut donc le suivre, et change de ville et de logement pour continuer à habiter près de chez lui puisqu’il se charge de toute sa logistique alors qu’elle a le permis de conduire. Lui trouver un logement est un cauchemar puisqu’elle est insatisfaite chronique, puis lorsque le logement est enfin trouvé, elle trouve une bonne raison d’en changer, que ce soit pour un autre ou pour retourner dans sa ville natale de Gloversville. A chaque fois, Richard Russo cherche, organise, finance, soutenu par son épouse, tandis que sa mère claironne qu’elle est une femme indépendante, car elle estime que le fait de vivre seule lui fait mériter ce qualificatif.
Les trois quarts du récit m’ont donc passablement ennuyée car les mêmes situations revenaient en boucle sur trente ans, et cette redondance a fini par vraiment me lasser. Autant j’avais de l’intérêt voire même de l’admiration pour Jean et son désir d’indépendance lorsque Richard était encore scolarisé, autant ses caprices ou lubies successives et surtout la passivité de Richard-et l’abnégation de sa femme- qui se met en quatre pour sa mère sans vraiment réaliser que quelque chose ne tourne pas rond chez elle m’ont vraiment agacée.
J’ai été beaucoup plus intéressée par le dernier quart du livre où Richard Russo réalise que le comportement hors-norme de sa mère a en fait une explication médicale et qu’il a tenu durant toute sa vie le rôle de « complice » de sa mère. J’ai également trouvé fine et pertinente son analyse de la situation de sa ville natale Gloversville: ne pas forcément glorifier les années d’or de l’industrie du gant, qui ont provoqué nombre d’accidents et de maladies et un désastre environnemental, et relier la délocalisation de cette industrie non seulement avec une baisse du coût de la main d’oeuvre mais également avec une fuite de responsabilité écologique.
Ce récit me laisse donc une impression en demi-teinte…dommage qu’il n’y ait pas eu moins de descriptif redondant et plus d’analyse, car même si j’ai été touchée par l’histoire et les personnages, je me suis passablement ennuyée pendant ma lecture.

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