La gaieté – Justine Levy

Justine Levy, ou plutôt Louise dans le récit, est certes une « fille de », mais sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour autant.

Flanquée d’une mère toxicomane, alcoolique et braqueuse – qui se servira notamment de Justine enfant pour faire sortir de la drogue de Malaisie, harcelée à l’école, humiliée adolescente par les compagnes de son père, quittée par son mari qui lui préfère un célèbre mannequin, elle est dans un état lamentable lorsqu’elle rencontre Pablo. Grâce à celui-ci, homme stable et optimiste, elle va découvrir la maternité. Mais comment ne pas transmettre à ses enfants ses problèmes, ses crises d’angoisse, sa tristesse? Louise décide de faire écran entre son passé et ses enfants, et de choisir la gaieté au lieu de la tristesse.

J’ai été touchée par ce récit d’une mère qui veut protéger ses enfants et ne veut surtout pas « se reproduire », comme Justine Levy l’expliquait à la Grande Librairie : que ses enfants appréhendent la vie de la même façon, qu’ils souffrent et aient la même vie qu’elle. Mais il n’est pas anodin de rejeter son passé, de ne pas vouloir transmettre à ses enfants ce qu’on a vécu : c’est aussi pointer du doigt sa propre mère et clairement s’avouer que malgré son amour elle n’a pas su être une bonne mère et protéger sa fille. Et il faut pouvoir vivre avec cette critique, cette constatation que la mère n’a pas su se discipliner et faire passer le bien-être de sa fille avant ses mauvaises fréquentations et ses addictions.

Le texte est relativement humoristique et Louise/Justine parvient à prendre de la distance avec ses névroses et ses angoisses. Il y a quelques moments très drôles, notamment lorsqu’elle attaque lors d’une soirée une jeune femme qui s’approche d’un peu trop près de Pablo. Suite à une réflexion dans le récit, je suis allée voir la photo de Chloé Lambert, actrice qui fut également la compagne de Raphael Enthoven, pour constater que oui, Justine Levy et elle ont bien des physiques très similaires!

Le récit m’a intéressée par les problématiques qu’il aborde et j’ai été touchée par cette mère qui veut à tout prix protéger ses enfants et ne pas reproduire l’éducation qu’elle a reçue. Je n’ai par contre pas totalement adhéré au livre, déjà à cause de l’écriture en elle-même, avec un style oral et assez relâché dont je ne suis pas fan, mais aussi à cause du sujet. En effet, si la transmission et la notion d’héritage donnent lieu à des pages passionnantes, le fait que Louise vive quasiment recluse, déléguant décisions et vie sociale à son mari, – et même si je peux le comprendre vu son passé – ne s’intéresse qu’à son conjoint et leurs enfants, ne voie la vie qu’à travers eux, ne parle que d’eux, et n’admette pas que le monde puisse ne pas tourner seulement autour d’eux, a fini par m’agacer et a limité mon intérêt pour ce livre.Dommage, car  Louise/Justine a des côtés très attachants, et ce récit, qui a beaucoup de charme, pose de vraies questions sur la résilience et la transmission familiale, mais je me suis sentie trop éloignée du personnage et de son comportement pour vraiment adhérer à ce livre.

11e participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

 Publié le 2 Janvier 2015 aux Editions Stock, 216 pages.