Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman de Paul Gréveillac, après « Maitres et Esclaves » découvert en 2019 avec le Prix ELLE. Curieusement, cela pourrait être le titre de ce nouvel ouvrage, « Le Creuset des Sorciers ».
En effet, si le début du livre nous met en présence d’un jeune Miles Davis, l’intrigue bifurque vite vers le XIXe siècle, dans cette Louisiane cédée par la France aux Etats-Unis. C’est là que réside la puissante famille Beauregard, qui règne sur une grande plantation. Parmi les esclaves qu’achète Jacques, le propriétaire, se trouve un jeune garçon, qui sera nommé Jean-Baptiste. Très jeune, celui-ci montre des dispositions exceptionnelles pour la musique, un pianiste virtuose qui n’a jamais pris de leçons, « l’esclave à mille mains qui inventa sa musique » du sous-titre.
Son talent lui donne une place particulière, bancale, sur la plantation. Jean-Baptiste est mis en avant, joue dans les soirées devant les maitres, mais reste un esclave qui, comme les autres, n’a pas le droit ni au bonheur ni même à la tranquillité. Alors que nous sommes dans les dernières décennies de l’esclavage aux Etats-Unis, l’intrigue suit à la fois le destin de cette grande famille – qui a réellement existé, et donnera naissance à un célèbre général confédéré, PGT de Beauregard – et celui de Jean-Baptiste qui, lui, est une invention de l’auteur.
Au-delà de la trajectoire d’un grand musicien, Paul Gréveillac décrit un système dans lequel les maitres s’inscrivent, jouent leur rôle sans totalement y adhérer, mais sans le remettre en cause non plus. La puissance n’empêche pas les malheurs: Hélène, la femme de Jacques de Beauregard, voit ses enfants mourir les uns après les autres. Sa tristesse, sa fatigue, son amour de la musique, la rendent finalement plus proche de Jean-Baptiste que de ses pairs.
Même si je n’ai pas vraiment compris pourquoi l’auteur souhaitait relier Jean-Baptiste et Miles Davis, un lien fictionnel que j’ai trouvé un peu anecdotique là où j’aurais aimé lire une grande saga musicale sur plusieurs générations, j’ai apprécié ce roman, très bien écrit, élégant, évocateur, et empreint à la fois de virtuosité et de tristesse.
Publié chez Gallimard en Février 2026, 176 pages.



