Les Mauvaises – Séverine Chevalier

Premier livre de Séverine Chevalier que je lis après une rencontre au festival Epoque de Caen, « Les Mauvaises » se déroule à la fin des années 80 dans un petit village situé dans le Massif Central.

Une bande d’adolescents traine ensemble : Oé, le beau-fils du directeur de la grosse usine locale, un garçon au comportement étrange ; Ouafa, élevée par une mère célibataire thésarde qui vivote d’un petit boulot à la cantine ; Micheline, curieusement surnommée Roberto, qui vit avec son père et son grande-père et a des relations sexuelles avec des hommes beaucoup trop âgés…

Un jour, Roberto est retrouvée pendue à un viaduc des environs…quelques jours plus tard, son cadavre disparait de la chambre funéraire…

Curieux roman que ce livre sans véritable intrigue, qui nous raconte une tranche de vie des habitants du village… l’écriture est extrêmement belle, l’atmosphère est soignée, ce qui est raconté est sombre, glauque, tragique mais l’autrice sait doser, s’arrêter au bon moment, sans tomber dans un too much de mauvais goût…

Il y a une poésie, brute et sombre, qui règne sur ce récit, mise en valeur par une écriture ciselée – d’ailleurs la dernière partie est écrite en vers libres… Dans « Les Mauvaises », le village semble être un cul-de-sac, il n’y a pas d’amour heureux, les parents abandonnent leurs enfants, les couples se déchirent, on meurt, brutalement comme à petit feu, le sexe est furtif, souvent criminel, les corps et les esprits sont marqués, de manière plus ou moins visible, et chacun semble être seul face à son destin, malgré la rébellion qui s’empare de la jeunesse qui meurt, frappe, vole mais n’échappe pas à sa solitude.

Le texte est sans espoir, à la fois triste et beau, magnifiquement écrit. Une très belle découverte.

Publié à la Manufacture des Livres en 2018, 216 pages.

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