Dans « Odile l’été » d’Emma Becker, la narratrice retrouve son amie Odile, perdue de vue depuis une dizaine d’années. Toutes deux se sont connues très jeunes, et à la faveur des étés passés ensemble, se sont lancées dans l’exploration mutuelle de leurs corps et de leur plaisir. Les jeux d’enfants ont été remplacés par des jeux d’adolescentes…jusqu’à ce qu’Odile, jeune fille très séduisante, découvre qu’elle plait beaucoup aux hommes.
La narratrice désire Odile, mais Odile désire les hommes, ou plutôt Odile désire le désir des hommes, et enchaine les expériences. L’excitation et le plaisir sont bien là mais il y a toujours une petite pointe de déception. On les aime bien les hommes qu’on croise dans ce récit, ils sont souvent sympathiques, mais vaguement ridicules, et pas vraiment au niveau attendu, avec leurs fantasmes convenus, leurs rendez-vous manqués. Et alors que les deux femmes se retrouvent, une fois adultes, se pose la question suivante : pourquoi Odile a-t-elle besoin des hommes alors que la narratrice la connait et la comprend parfaitement, et lui donne le plaisir qu’elle recherche?
J’ai beaucoup aimé cette histoire d’amitié particulière. Il est toujours difficile d’écrire un roman érotique, on peut vite tomber dans le vulgaire, le sordide ou le ridicule, mais Emma Becker s’en sort admirablement bien, grâce à une écriture élégante, mais aussi une dimension psychologique fouillée, avec un questionnement sur la domination, le désir, l’hétérosexualité, la recherche du regard des hommes…
J’apprécie globalement beaucoup ce qu’écrit Emma Becker, ses analyses et ses réflexions sont toujours très pertinentes, et ce roman ne déroge pas à la règle : une réussite !
Publié en 2023 chez Julliard, disponible en poche chez J’ai Lu, 192 pages.



