La mort brutale et admirable de Babs Dionne – Ron Currie

Entre son titre et sa couverture, difficile de passer à côté de « La mort brutale et admirable de Babs Dionne » écrit par Ron Currie. La Babs en question est une sexagénaire qui règne sur la petite ville sinistrée du Maine où l’intrigue prend place. Descendante de Québécois venus aux Etats-Unis fuir la misère, elle est francophone, tout comme son entourage, et dirige d’une main de fer un trafic de drogue avec l’aide de ses deux filles, Lori et Sis. Mais Sis, junkie et mère d’un garçon que Babs adore, a disparu depuis plusieurs jours alors que Babs doit gérer l’arrivée en ville de l’homme de main d’un trafiquant canadien…

J’ai rarement lu un polar où les personnages et l’atmosphère sont autant travaillés…alors que l’intrigue est complètement folklorique. Vu la couverture qui fait écho à l’affiche de Jackie Brown et certaines scènes, à la fois sanglantes, cinématographiques et pleines d’humour, difficile de ne pas penser à l’univers de Quentin Tarantino. Le personnage de Babs est incroyable – une femme forte, que la violence des hommes a précipitée dans la criminalité et qui règne sur un univers essentiellement féminin, entre ses filles et ses amies d’enfance. Je ne savais pas du tout qu’il y avait tant de francophones dans le Maine, et cet axe de la narration est vraiment intéressant. La fille de Babs, Lori, est également un personnage très fouillé – une vétérane d’Afghanistan, qui voit des morts et qui est accro à l’Oxycodone.

Vraiment, ces personnages, cette ambiance sont extrêmement originaux et appréciables, et je regrette que le même soin n’ait pas été apporté à l’intrigue – toute la partie avec « l’Homme » (l’homme de main canadien) n’est pas assez exploitée, et celle avec son chef est à la limite de l’incompréhensible, tout comme les passages où Rex, « l’ami » de Lori intervient. Le pire, c’est que ces axes ne sont pas essentiels au livre, ils auraient pu être réécrits voire même coupés sans difficulté – ils ne semblent vraiment exister que pour péjorer le plaisir de lecture et la qualité du livre.

Dommage qu’il y ait ces bémols qui étaient parfaitement évitables , car cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un polar aussi original et addictif, et porté par des personnages féminins aussi réussis.

Publié en Octobre 2025 chez Flammarion, traduit par Charles Recoursé, en poche chez J’ai Lu, 464 pages.

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