Qui se ressemble – Agnès Desarthe

Agnès Desarthe a évoqué plusieurs fois sa famille dans ses livres, et j’ai notamment lu « Le Château des Rentiers », autour de ses grands-parents maternels, et « Comment j’ai appris à lire ».

Dans « Qui se ressemble », c’est sa famille paternelle qui est à l’honneur: Bouba, sa grand-mère arabophone, qui vivra deux exils, l’expulsion de son pays natal, la Libye, puis le rapatriement d’Algérie vers la France à l’indépendance, et son père (le pédopsychiatre Aldo Naouri), enfant posthume d’une famille nombreuse, qui grandit à Orléansville et débarque dans les années 50 à Besançon pour effectuer ses études de médecine.

Cet ouvrage est une collection de vignettes qui évoquent les identités multiples – la famille paternelle de l’autrice est française, mais aussi juive, mais aussi arabe. Et la petite Agnès, alors âgée de sept ans, découvre que c’est devenu une contradiction le 6 octobre 1973 lors du déclenchement de la guerre de Kippour, elle qui pense spontanément que c’est de nouveau la guerre avec les Allemands.

« La guerre avec les Allemands ? dis-je avec un frisson d’horreur (…)
 – Non, me répond-on. Avec les Arabes.

En moi-même, je réplique : Avec les Arabes ? Mais voyons, c’est impossible. Les Arabes, c’est nous »

En effet, la famille paternelle est arabophone, la ressemblance de Bouba la grand-mère avec la grande chanteuse égyptienne Oum Kalthoum est un fil conducteur de l’ouvrage : les ennemis sont donc pour elle des gens qui se ressemblent, qui parlent la même langue, qui écoutent la même musique, ce qui dépasse son entendement.

Même si je n’ai pas été complètement embarquée par ce côté vignette, fragmenté, où l’on passe d’un chapitre à l’autre de la France à l’Algérie, de son père enfant à son père jeune étudiant, de sa grand-mère à l’autrice petite fille, tout est très lié, intéressant, bien écrit. L’ histoire familiale de l’autrice est passionnante, contrastée, polyglotte et multiculturelle, entre la branche arabe, et la branche russe marquée par la Shoah. D’ailleurs, l’autrice a le sens de la formule, parlant du fait que son grand-père maternel est mort en déportation : « et ça c’était incroyablement juif, plus juif que la cacherout, plus juif que les fêtes, le pain asile, la kippa. Plus juif que tout ».

Et que dire de cette fin, à la fois ellipse et écho, où elle parle à la version enfantine d’elle-même, qui va dormir le soir du 6 octobre 1973 : « Quand tu te réveilleras, on sera le 7 octobre ». 

Un beau livre, intelligent, touchant.

Publié en Janvier 2026 chez Buchet-Chastel, 192 pages.

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