Pas Pleurer – Lydie Salvayre

4 coeurs
Pas pleurer Salvayre

Il était quand même temps que je lise le roman qui a obtenu le Goncourt en 2014 ! Lydie Salvayre, dont j’ai lu en Mars « 7 femmes », nous conte dans « Pas pleurer » – dont elle a emprunté le titre à Marina Tsvetaeva – l’histoire de sa mère en Espagne en 1936, qu’elle entremêle aux réactions de Bernanos qui découvre, effaré, le vrai visage de la répression franquiste.

Montse, femme aujourd’hui âgée et qui perd la mémoire, raconte à sa fille, Lydie Salvayre, ses souvenirs de l’année 1936, lorsqu’elle avait quinze ans, une année déterminante pour elle à tous points de vue. Dans le petit village où elle est née, l’irruption d’un courant libertaire secoue les traditions ancestrales et met à mal la répartition de la population en différentes classes sociales bien définies. Alors que le frère de Montse, Josep, rivalise avec Diego, fils adoptif du notable local Don Jaume, pour prendre la tête du village, Montse découvre la grande ville, la liberté et l’amour. Ces quelques mois seront l’acme de sa vie, car la chute n’en sera que plus rude.
Salvayre
Lydie Salvayre
En parallèle, Lydie Salvayre s’intéresse à Georges Bernanos, auteur notamment de « Sous le soleil de Satan » et « Journal d’un curé de campagne », et qui séjourne alors à Majorque. Catholique fervent, monarchiste, proche de l’Action Française et des Camelots du Roi, Bernanos réunissait tous les critères pour être un franquiste convaincu. Pourtant, les exactions auxquelles il assiste et sur lesquelles le clergé ferme les yeux le bouleversent et lui font très vite tirer la sonnette d’alarme.
Les passages sur Bernanos m’ont moyennement intéressée, mais j’ai aimé découvrir cette facette importante de l’écrivain, que j’associais à tort à l’extrême-droite et au collaborationnisme! J’ai par contre beaucoup apprécié cette incursion au tournant de la vie de Montse, cette « mauvaise pauvre », à l’air « bien modeste », qui va connaître une initiation accélérée en l’espace de quelques mois.
Le récit de Montse est retranscrit en un mélange de français et d’espagnol, avec des mots bricolés avec les deux langues, mais qui n’est pas dérangeant pour la compréhension. J’ai eu un peu plus de mal avec des phrases totalement en espagnol, et non traduites, même en bas de page. La jeune fille est très attachante, et sa version vieillissante raconte l’histoire avec fraîcheur mais aussi une sincérité sans concession et parfois brutale, quitte à choquer sa fille.
Les passage sur Diego avec des descriptions au vitriol m’ont d’ailleurs rendue vaguement mal à l’aise quand j’ai appris qui il était vraiment pour la narratrice et pour Lydie Salvayre. J’aurais aimé en savoir plus sur Montse après son passage en France, peut-être cela sera-t-il l’objet d’un prochain livre?
« Pas pleurer » est un beau roman d’apprentissage, agréable à lire et très instructif sur la guerre civile en Espagne. Il est d’autant plus intéressant qu’il s’agit de la véritable histoire de la mère de Lydie Salvayre, et qu’il a le mérite de mettre en avant une facette de Bernanos que je ne connaissais pas.
53e contribution au Challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson …

Publié aux Editions du Seuil le 21 août 2014, 278 pages.

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