Les jours de mon abandon – Elena Ferrante

 abandon
4 coeurs

Après l’énorme coup de cœur que j’ai eu pour « L’amie prodigieuse », j’avais envie de découvrir d’autres livres d’Elena Ferrante, notamment « Les jours de mon abandon ».

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Olga, trente-huit ans, est brutalement quittée par son mari, qui la laisse avec leurs deux enfants. Cet abandon, auquel elle ne s’attendait pas, la perturbe et la bouleverse. « Les jours de mon abandon » suit les pensées de cette femme pendant les quelques mois qui suivent la rupture, où elle va passer par toutes les phases : l’envie de récupérer son mari, le désir de comprendre, la fureur, la déprime, l’hystérie puis la résignation, l’acceptation, et le désir de reprendre sa vie en main…Le sort semble s’acharner contre elle, la précipitant dans des situations tragi-comiques qu’elle-même alimente en réagissant de façon excessive.
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Tout le cheminement intérieur d’Olga est décrit avec une précision chirurgicale, il y a une acuité psychologique absolument extraordinaire dans ce roman, mais sans distance, sans pudeur, ce qui entraîne un réalisme parfois dérangeant et perturbant. On voit cette femme, bourgeoise au langage châtié, qui sombre sous nos yeux, et ceci d’autant plus qu’elle se souvient de cette voisine de ses parents, qu’elle a connue quand elle était petite fille, autrefois si rayonnante et qui s’est complètement éteinte et laissée aller une fois quittée par son mari, et ce souvenir est un parallèle qui la fascine et l’effraye à la fois.
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On se rend compte qu’Olga, avant que son mari ne la quitte, existait peu en dehors de sa cellule familiale. Pas de travail, apparemment peu d’amis personnels qui ne soient pas ceux du couple, pas vraiment d’activités régulières…et le repli sur elle-même, dans sa souffrance, l’incite encore moins à quitter son appartement, où Olga est enfermée au propre comme au figuré. Ce récit pourrait être extrêmement plombant – et très honnêtement j’ai trouvé qu’il y avait quelques passages pénibles – s’il n’y avait pas finalement aussi beaucoup d’humour dans le livre, même s’il est très grinçant. Certains épisodes où Olga est complètement à côté de la plaque sont vraiment très drôles, même si les larmes ne sont jamais loin de jaillir.
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Le talent d’Elena Ferrante, et sa faculté à donner une vraie dimension psychologique à Olga et à appuyer là où ça fait mal, produit un récit à tension où le lecteur est quasiment toujours en apnée, à se demander comment et quand la situation va finir par complètement déraper. Pourtant, Elena Ferrante sait mener sa barque pour que « Les jours de mon abandon » ne dérive ni vers le glauque, ni vers le chick-lit. Dommage néanmoins qu’il y ait deux ou trois lourdeurs de traduction qui détonnent un peu dans un récit aussi bien calibré.
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« Les jours de mon abandon », sur un sujet finalement plutôt bateau – une personne quittée par son conjoint – est un roman à la fois drôle et dérangeant, avec une absence de distance et de pudeur telle qu’on se le prend en pleine figure. J’ai quand même préféré « L’amie prodigieuse » qui est plus agréable à lire et moins pesant, mais j’ai retrouvé dans « Les jours de mon abandon » la formidable capacité d’Elena Ferrante à se mettre dans la tête de ses personnages et à disséquer de façon fluide et naturelle leurs faits, gestes et modes de pensée.
Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec mon amie et co-Bibliomaniacs Laure de Micmelo.

Publié le 1er avril 2004 chez Gallimard, traduit de l’italien par Italo Passamonti, 240 pages.

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