Le Sermon sur la Chute de Rome – Jérôme Ferrari

4 coeurs

La lecture du « Principe »de Jérôme Ferrari, même si je suis passée à côté de cet ouvrage, m’a quand même donné envie de relire « Le Sermon sur la Chute de Rome » que j’avais lu à sa sortie.

Dans ce roman qui se passe en Corse – Jérôme Ferrari est corse et est d’ailleurs traducteur, notamment pour Marc Biancarelli – et qui a reçu le Prix Goncourt en 2012, l’auteur nous conte l’histoire de deux amis d’enfance, Matthieu et Libero, qui décident d’abandonner leurs études de philosophie à Paris pour reprendre un bar dans leur village corse d’origine. Si le bar remporte tout d’abord un brillant succès, on sent pourtant que le drame n’est pas loin…parallèlement le récit évoque la vie de Marcel, le grand-père de Matthieu, qui d’enfant pauvre a fini haut-fonctionnaire à Paris.
Aimant beaucoup la Corse et les ambiances corses – j’étais une grande fan de la série Mafiosa – j’ai bien sûr adoré ce roman, que j’ai préféré de loin au « Principe ». Ici pas de style ampoulé, le récit coule tout seul, les personnages sont incarnés, l’atmosphère est tout de suite bien campée. On sent tout de suite la chaleur, la sécheresse, la poussière, l’ambiance de ce petit village, ce microcosme que Jérôme Ferrari utilise pour servir de base à la comparaison avec la déliquescence de l’empire romain. Comparaison osée, voire tirée par les cheveux, mais qui fonctionne, enrichie de différents clins d’œil à la vie de Saint-Augustin, comme le voyage d’Aurélie, la sœur de Matthieu, à Annaba pour faire des fouilles archéologiques, Annaba qui fut sous le nom d’Hippone, la ville où Saint Augustin fut évêque et où il mourut.
Jérôme Ferrari

Il y a de magnifiques passages, comme ce premier chapitre où Jérôme Ferrari décrit cette photo de 1918, où la mère de Marcel pose avec tous ses enfants, sans savoir que son mari reviendra de la guerre et qu’elle portera un dernier enfant, qui sera Marcel. Car « Le Sermon sur la Chute de Rome » est aussi une saga familiale qui nous conte les désirs d’émancipation de ses différents membres, que ce soit Marcel, désireux de quitter le village, son absence de futur et sa pauvreté, et qui sera confronté aux duretés du monde colonial, ou Matthieu, qui aurait pu faire sa vie à Paris, comme ses parents, mais dont le but sera de retourner au village originel. A travers la petite histoire de cette famille, on parcourt la grande Histoire, et notamment le démantèlement de l’empire colonial français, que ce soit en Afrique noire, en Algérie ou en Indochine.

« Le Sermon sur la Chute de Rome » est un roman très bien écrit, riche mais accessible qui m’a immédiatement plongée dans ce petit bar corse et ses histoires finalement assez banales mais auxquelles le talent de Jérôme Ferrari donne une puissance et une résonance quasi mythologique. J’ai dévoré ce livre avec enthousiasme et grand plaisir alors que je l’avais déjà lu et que je me rappelais de l’intrigue. J’ai découvert par hasard qu’un des personnages secondaires du roman, André Degorce, haut gradé de l’armée et grand-père de Matthieu, est le héros d’un roman précédent de Jérôme Ferrari, « Où j’ai laissé mon âme », tout comme Hayet, la jeune femme qui quitte son emploi de serveuse au début du récit et qui est donc à l’origine de la mise en location du bar, est l’un des personnages de « Balto Atlantico »…Deux romans que la réussite du « Sermon sur la Chute de Rome » m’a bien sûr donné envie de lire…

Publié le 18 Août 2012 aux Editions Actes Sud, 208 pages, disponible en poche chez Babel

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