Chanson Douce – Leïla Slimani

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4 coeurs

« Chanson Douce » de Leïla Slimani n’est pas un roman sur lequel je me suis précipitée. En effet j’avais plutôt des a priori négatifs à son sujet, déjà parce que je n’avais pas vraiment apprécié son précédent roman « Dans le jardin de l’ogre », mais aussi parce que j’avais lu quelques billets plutôt négatifs sur ce livre… Et si j’ai fini par le lire, ce n’est pas parce qu’il a eu le Goncourt, mais pour préparer le Bibliomaniacs de Décembre, dont il était à l’affiche.

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Leïla Slimani

On a beaucoup parlé de ce livre et je pense que tous ceux qui liront ce billet savent de quoi parle  » Chanson Douce » : le roman commence par l’annonce de la mort de deux enfants, assassinés par leur nourrice. La fin de l’histoire étant maintenant connue, l’auteur va nous raconter comment elle a commencé. Paul et Myriam ont deux enfants, Mila et Adam. Myriam ne travaille pas, ayant eu Mila juste après avoir obtenu son diplôme, mais commence à tourner en rond et à ne plus supporter cette vie de mère au foyer. Un ancien camarade de la fac de droit, croisé par hasard, lui propose de rejoindre le cabinet d’avocats qu’il a fondé. Paul et Myriam doivent donc trouver une nourrice pour s’occuper des enfants à leur domicile et engagent Louise, une femme âgée d’une quarantaine d’années, veuve et mère d’une fille adulte. Celle-ci semble être la nounou parfaite : elle a une excellente présentation, des références élogieuses, et s’occupe à merveille non seulement des enfants, mais aussi de la cuisine et du ménage. Bientôt elle devient indispensable à Paul et Myriam…

Disons-le clairement, je ne pensais pas du tout aimer ce livre, mais j’ai été très agréablement surprise. J’ai littéralement dévoré ce roman, lu en 24 heures, que j’ai trouvé très efficace et pertinent. Leïla Slimani joue avec les peurs de n’importe quel parent qui confie son enfant à autrui et qui va craindre la pédophilie, la négligence, la maltraitance…Ici, rien de tout cela mais une folie qui va grignoter peu à peu l’esprit de Louise. La nourrice est une femme solitaire, sans vie familiale ou sociale. Rien ne vient donc contrebalancer sa vie professionnelle, où une satisfaction ou une contrariété qui seraient anodines pour une personne à la vie équilibrée prennent ici des propositions extraordinaires. Cette vie professionnelle n’aide pas non plus Louise à affronter ses problèmes : suite à la mort de son mari, elle est couverte de dettes, mais au lieu de chercher de l’aide, elle procrastine et se convainc que ces problèmes n’existent pas – elle passe en effet toute la journée au domicile de Paul et Myriam, et a l’impression que là est sa vraie vie, retourner dans son logement le soir ou le week-end n’est pour elle qu’une parenthèse.

Leïla Slimani met également en avant l’ambivalence du rôle de la nourrice. Elle est une employée mais sans vraie distance, elle passe énormément de temps dans le foyer mais sans être membre de la famille. Elle est indispensable, mais à durée limitée. Paul et Myriam sont dépendants d’elle, mais elle est beaucoup moins qualifiée et socialement avantagée qu’eux. Et tout cela va se cristalliser, jusqu’à l’horreur.

J’ai trouvé que l’auteure savait vraiment créer des ambiances, que ce soit celle du domicile de Louise ou celle du foyer de Paul et Myriam. Louise perd pied peu à peu, les fausses notes s’accumulent, et Leïla Slimani instaure doucement une tension sourde dans un quotidien banal, avec des personnes banales et un schéma banal: les parents-la nourrice-les enfants, comme nous pouvons en connaître tant. Car il n’y a rien d’exceptionnel dans cette histoire, juste une vie fantasmée et surinvestie  par Louise, qui résoudrait tous ses manques et ses problèmes, et qui un jour se fracasse contre la réalité.

« Chanson Douce » de Leïla Slimani est un livre très bien maîtrisé, qui ne tombe jamais dans le pathos ou le sordide, et qui a le mérite de créer un questionnement chez ses lecteurs à partir d’une situation banale. Une très bonne surprise, et la preuve qu’il faut parfois dépasser ses a priori!

Publié en Août 2016 chez Gallimard, 240 pages.

30e lecture de la Rentrée Littéraire 2016 – 5e % atteint

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19 commentaires sur “Chanson Douce – Leïla Slimani

  1. Oh, quelle belle surprise. Je ne m’attendais pas que tu l’apprécies à ce point. La façon dont Leïla Slimani fait monter la tension est très habile, surtout après avoir révélé le punch dans le premier chapitre. La fin m’a cependant beaucoup déçue. Trop expéditive à mon goût. Et que de réflexions générés par ce roman. Très contente de l’avoir lu!

  2. Je me permets un commentaire qui n’apporte vraiment rien au débat (mais en même temps, on a déjà longuement parlé de ce livre entre nous…) : elle est étrange cette photo de Leïla Slimani, on dirait qu’elle est nue…

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