Tuer le cancer – Patrizia Paterlini-Bréchot

tuer le cancer

Hasard de la sélection du Prix France Télévisions, j’ai donc lu à la suite deux livres traitant du sujet du cancer : le premier, »Mes mille et une nuits » de Ruwen Ogien avec le point de vue d’un philosophe atteint lui-même d’un cancer, et le second, « Tuer le Cancer » de Patrizia Paterlini-Bréchot, sur la lutte contre le cancer.

patrizia paterlini
Patrizia Paterlini Bréchot

Patrizia Paterlini-Bréchot nous raconte dans « Tuer le Cancer » son parcours hors normes, celui qui a mené une petite fille italienne de la classe moyenne née dans les années 50 à devenir cancérologue et chercheuse et à mettre au point avec son équipe un test de détection précoce des cancers invasifs. Le titre « Tuer le Cancer » ne fait effectivement pas référence à la recherche d’un traitement plus performant pour guérir le cancer, mais à la recherche d’un moyen de détecter le cancer invasif des années avant qu’il ne soit visible sur l’imagerie, à un stade où il est encore « faible » et traitable avec de grandes chances de réussite. L’auteure explique en effet dans cet ouvrage que les cancers mettent très longtemps à se développer, et ceci sans symptôme : le temps est donc un facteur extrêmement important dans le traitement contre le cancer. Or, plus le cancer est détecté tôt, plus la survie est grande, surtout s’il n’a pas eu le temps de se répandre à d’autres organes. Cette circulation du cancer d’un organe à un autre se fait par le sang grâce à des cellules tumorales. Détecter ces fameuses cellules tumorales dans le sang permettrait donc de pouvoir traiter un cancer avant qu’il ait eu le temps de toucher d’autres organes. L’équipe de Patrizia Paterlini-Bréchot, après une vingtaine d’années de recherche, a mis en place une machine, appelée ISET, capable de filtrer le sang pour isoler et détecter ces cellules tumorales. Ce système a quand même ses limites : il détecte qu’il y a des cellules tumorales mais pas de quel organe elles proviennent…

« Tuer le Cancer » est très instructif sur le fonctionnement des cancers, de leur formation à leur diffusion, il faut parfois un peu s’accrocher pour suivre les explications de Patrizia Paterlini-Bréchot, mais l’ensemble reste très accessible, même si l’on n’a pas forcément de grandes connaissances médicales. Le livre présente également le parcours de l’auteure, avec notamment les rencontres qui ont marqué son parcours et son engagement dans la recherche contre le cancer : son « patient zero » qui décède devant elle d’un cancer du pancréas, le Maestro, le médecin qui sera son mentor…Une partie passionnante montre l’envers du décor de la recherche, ce qui reste souvent dans l’ombre et que l’on connait peu : le système des publications dans les revues scientifiques, l’influence des gros laboratoires pharmaceutiques, les coups bas entre chercheurs rivaux…

Je ne travaille pas dans le secteur médical ou même scientifique, je n’ai donc pas les connaissances pour challenger le récit de Patrizia Paterlini-Bréchot (une présence de cellules tumorales dans le sang indique-t-elle forcément que le patient va avoir un cancer?), mais ce dépistage précoce me semble être une avancée considérable. Il est aujourd’hui commercialisé – mais non remboursé – au prix de 486 euros, pas si cher s’il peut  éviter des années de traitement, et surtout contribuer à sauver des vies. Un article de Libération est au contraire très critique, disant que ce test est dépassé par les biopsies liquides qui analysent l’ADN circulant, et qu’aucune demande pour que le test soit remboursé n’a été déposée… Difficile de faire la part des choses, mais un test qui pourrait réalisé de façon relativement « anodine » lors d’une prise de sang en même temps que d’autres tests comme le cholestérol ou le diabète pourrait être un grand pas en avant.

Quoiqu’il en soit, « Tuer le Cancer » de Patrizia Paterlini-Bréchot est un récit accessible et passionnant sur la lutte contre le cancer et les coulisses de la recherche, porté par une femme de caractère, au parcours admirable.

Publié en Janvier 2017 chez Stock, 250 pages.

15e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2017

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4 commentaires pour “Tuer le cancer – Patrizia Paterlini-Bréchot

  1. Ca a l’air un peu trop pointu pour m’attirer. C’est étonnant qu’un tel essai (assez scientifique) soit publié chez un éditeur comme Stock. Mais tant mieux !

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