Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupont-Monod

3 coeurs

Voilà un genre de romans que je lis rarement. Je ne suis pas adepte des fictions historiques autres que celles se passant au XXe siècle, et le Moyen-Age n’est clairement pas ma période de prédilection. Pourtant j’ai été séduite par ce portrait d’une femme hors du commun, vue par elle-même, son mari dépassé par les événements, et son oncle dont elle était très proche.

Aliénor d’Aquitaine, jeune fille cultivée et au fort caractère, issue d’une lignée à la fois prestigieuse et sulfureuse, est mariée à Louis VII, un jeune homme assez fade, promis à une carrière de moine avant de devoir remplacer sur le trône son frère mort brutalement. Louis tombe instantanément amoureux de sa belle épouse, mais celle-ci le méprise, tout comme elle méprise le royaume de France, qui a tout à envier au duché d’Aquitaine, beaucoup plus riche et développé. Pour tenter de séduire son orgueilleuse et belliqueuse épouse, le Roi va accepter de prendre les décisions inconsidérées qu’elle lui souffle, et portera ensuite le fardeau de son remords.
Clara Dupont-Monod

Les points de vue de Louis et d’ Aliénor alternent et se répondent, portés par une très belle langue. On ressent la souffrance de l’homme qui n’est pas aimé, et qui est prêt à tout pour que sa femme le regarde et l’admire, quitte à se trahir lui-même, et l’impétuosité d’Aliénor qui n’a pas en face d’elle quelqu’un de taille à s’opposer à sa forte personnalité et à ses décisions brutales.  La deuxième partie, que j’ai beaucoup appréciée, est consacrée à la deuxième croisade, et est contée par Raymond de Poitiers, Prince d’Antioche, l’oncle d’Aliénor.

Cette histoire de couple est ancrée dans l’Histoire avec un grand H en raison de la naissance des protagonistes, et des conséquences lourdes de leurs décisions politiques, mais cela pourrait être celle, remplie de douleurs, frustrations et incompréhensions, de personnages bien plus proches de nous. « Le roi disait que j’étais diable » est plus un roman psychologique basé sur des faits historiques qu’un véritable roman historique.

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Clara Dupont-Monod, que j’ai trouvée belle et élégante, et l’originalité de ce roman, qui trace en filigrane le portrait d’une femme forte et charismatique, ultra moderne pour son temps.

38e contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 organisé par Hérisson.

 

Publié aux Editions Grasset le 20 août 2014, 240 pages.

10 commentaires sur “Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupont-Monod

  1. Le point de vue de Louis est intéressant. C'est un "personnage" attachant car c'est une sorte de "gentil" mais il est aussi agaçant car on se demande comment il peut rester attaché à cette femme qui le déteste.

    1. il n'est pas méchant mais il est incohérent avec lui-même…il pense vraiment qu'en changeant sa propre nature, il va pouvoir obtenir le respect et l'amour de sa femme…

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