La Vocation – Sophie Fontanel

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Je connais Sophie Fontanel depuis longtemps puisqu’elle était chroniqueuse sur Canal + quand j’étais petite, j’ai également lu certains de ses articles dans ELLE, mais je n’avais encore ouvert aucun de ses livres. Pourtant « La Vocation » a attiré mon attention, puisqu’il parle de son amour pour la mode, une attirance pour l’élégance qui lui vient de sa grand-mère, immigrée arménienne…

J’ai complètement adhéré à l’angle qu’a choisi Sophie Fontanel pour nous parler de sa famille. Quoi de plus original que la mode pour raconter une histoire familiale? L’auteur base son récit sur une alternance entre chapitres consacrés au passé, et chapitres sur son expérience au présent en tant que directrice de la mode du magazine ELLE. Une consécration pour la petite-fille de Méliné, jeune femme arménienne qui rêvait en tournant les pages de Vogue.
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Sophie Fontanel

Le récit de Sophie Fontanel est extrêmement plaisant à lire, très fluide, et l’histoire des grands-parents, arrivés en France dans les années 20, laissant derrière eux le génocide arménien, la mort de leur famille, le déclassement social, est à la fois poignante et intéressante…Dans l’exil, la pauvreté, le décalage culturel, seule l’élégance leur reste, et ce sera elle qui sera le vecteur de leur survie, de leur ambition, de leur intégration. On sent dans ce roman l’attachement de l’auteur pour sa famille, pour leur courage et leur ouverture d’esprit, et sa fascination pour les belles choses : les belles étoffes, les beaux tombés, le souci du détail. Pour Méliné, la grand-mère, Paris est la ville rêvée, celle de Coco Chanel, et elle est prête à tout pour y habiter, même faire croire qu’elle et son mari sont menuisiers ! Assise sur un banc du jardin du Luxembourg comme si elle était à un défilé de mode, elle regarde les jolies parisiennes déambuler les allées, commentant à ses deux filles une coupe, une boutonnière, dans un Français parfois approximatif où seul le vocabulaire de la mode est maîtrisé à la perfection. On suit de manière chronologique l’histoire de la famille, la rencontre de Méliné avec Elsa Schiaparelli qui lui commande des pulls arméniens,  l’installation du grand-père comme menuisier – lui aussi exprime son élégance, mais pas dans la mode, dans l’ébénisterie – leurs deux filles qui grandissent, elles aussi folles de mode, qui aiment, qui ont des enfants, dont Sophie. La mode sert de lien intergénérationnel, ce sont les moments de complicité entre grand-mère et petite-fille à l’occasion d’une visite à la boutique Dior, ou entre tante et nièce autour d’un chemisier.

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Un passage poignant montre Sophie, qui vient juste d’accepter de devenir la directrice de la mode chez ELLE, avoir envie de partager cette grande nouvelle, complètement en phase avec son héritage, avec sa famille. Mais Méliné est morte, la mère de Sophie aussi, et sa tante, très âgée, n’est plus en mesure de se réjouir de cet événement. L’autre partie de « La Vocation » évoque donc l’année que Sophie a passée à ce poste – une expérience en complet décalage avec l’amour porté par Sophie à la mode, racontée sur un mode humoristique. Un monde gangrené par l’argent, un magazine qui n’a aucune indépendance sur le chapitre, puisqu’il se doit de plaire à ses annonceurs, de les vanter dans ses pages, et suffisamment, s’il veut conserver ses revenus publicitaires. Un secteur où l’élégance et la joie n’ont plus lieu d’être. Le constat de Sophie Fontanel m’a beaucoup intéressée, mais j’ai été moins accrochée par cette partie, avec ces saynètes un peu « bécassines » où l’auteur semble découvrir l’état d’esprit de ce domaine, alors qu’elle y évolue depuis des années. Même si cette partie est très utile pour montrer le fossé monstrueux qui existe entre l’amour de la mode et l’univers de la mode, j’ai préféré de loin le côté tendre et familial de l’autre partie.

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« La Vocation » de Sophie Fontanel est un bel hommage à sa famille et à la mode dans ce qu’elle a de plus positif. C’est un livre attachant et plaisant, qui se lit d’une traite, et qui ravira ceux qui aiment les histoires familiales, surtout quand elles sortent de l’ordinaire, et les amateurs de belles choses. Même si j’ai moins accroché à la partie concernant l’expérience professionnelle de Sophie Fontanel, cela reste un livre très agréable, qui fait souvent mouche.

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Publié le 7 Janvier 2016 aux Editions Robert Laffont, 324 pages.

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8e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de Micmelo.

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3 commentaires sur “La Vocation – Sophie Fontanel

  1. Merci ! avec toi j'en apprends toujours beaucoup sur les profils des écrivains. Je la connaissais de nom mais même après avoir été abonnée au magazine Elle, je n'avais pas compris qu'elle était directrice de mode. Je ne les croyais si dépendants de leurs annonceurs. Comme toi, ce qui m'attire dans ce récit c'est la relation intergénérationnelle avec sa grand-mère. Merci pour ce joli billet !

  2. @ Léa : oui, elle est très agréable, et la plume de Sophie Fontanel est très plaisante et humoristique

    @ Electra : oui même si je m'en doutais, j'ai été assez effarée par ce constat. La relation avec la grand-mère est vraiment très forte, j'ai beaucoup aimé cet héritage de l'élégance

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