Chère Ijeawele, un manifeste pour une éducation féministe – Chimamanda Ngozi Adichie

« Chère Ijeawele » de Chimamanda Ngozi Adichie est un livre que j’ai découvert lors de l’enregistrement du Bibliomaniacs de Juillet car c’était le coup de cœur du mois de Fleur. Je l’ai aussitôt lu (il est très court), et hop, je l’ai dans la foulée offert à une adolescente que je ne connais pas (encore) mais dont j’ai eu le plaisir de rencontrer enfin la maman le mois dernier 😉 

L’auteure d' »Americanah » répond ici à l’une de ses amies d’enfance, qui, devenue mère, lui demande comment donner une éducation féministe à sa petite fille. Chimamanda Ngozi Adichie lui répond dans une lettre articulée autour de quinze suggestions.

L’auteure, avant toute chose, présente ses deux « outils féministes » : le postulat qu’elle « compte autant », mais également l’examen suivant : si l’on inverse le rôle ou l’attitude de l’homme et de la femme dans un postulat, arrive-t-on au même résultat?

Les différentes suggestions ne sont pas des règles gravées dans le marbre, mais des réflexions  basées sur notre société contemporaine, sur la vie au Nigéria, sur les souvenirs d’enfance de Chimamanda et de son amie. L’auteure réfléchit à l’éducation qu’elle a reçue, à ce qu’on attend des femmes dans notre société, mais aussi – très important, et ce qui m’a le plus marquée dans ce livre – au vocabulaire que l’on utilise. Les réflexions sont simples, pleines de bon sens, et en même temps très parlantes – par exemple, l’auteure souligne l’expression que l’on entend souvent : « l’homme aide à la maison ». Cela sous-entend que le domaine des tâches domestiques et de l’éducation des enfants appartient à la femme, et non une égalité entre les sexes. Cette expression peut contribuer à diminuer le rôle du père et son implication dans l’éducation de l’enfant, alors que cette tâche doit être égalitairement répartie.

Beaucoup de thèmes sont ici évoqués: c’est un livre court donc aucun chapitre n’est fouillé comme pourrait l’être une thèse universitaire, ce n’est pas le propos. Chimamanda Ngozi Adichie tend des perches, ouvre des portes, pointe du doigt – sans colère ou frustration, mais toujours avec bienveillance et un brin d’humour – le conditionnement auquel les femmes sont confrontées, et qu’il est important de combattre. Importance du mariage dès la prime enfance de la petite fille, importance de la beauté, de la féminité, de la gentillesse, de la douceur, du souci de plaire…des remarques, des expressions qui façonnent les femmes, leurs aspirations, leurs attentes, dès le plus jeune âge, mais aussi forcément, par ricochet, les hommes.

Chimamanda Ngozi Adichie met en avant la bienveillance, la logique, la rupture avec « la tradition » (« les gens utilisent la tradition comme cela les arrange, pour justifier tout et n’importe quoi »), l’éducation, la lecture, le dialogue. Elle conseille à son amie d’inciter sa fille à lire pour être indépendante d’esprit, de lui faire faire du sport, mais aussi de lui donner des modèles, à commencer par elle-même – certes, sa fille doit s’appuyer sur de grandes figures, mais surtout sur son père, sa mère, et des amis, hommes et femmes, choisis dans l’entourage de ses parents – des exemples quotidiens, « villages de femmes » et « villages d’hommes » qui lui montreront le chemin.

« Chère Ijeawele » de Chimamanda Ngozi Adichie est un petit livre d’à peine 80 pages, qui se lit tout seul, et qui fourmille d’idées et de réflexions. Un ouvrage intelligent sans être moralisateur, profond mais accessible, à mettre entre toutes les mains – et pas seulement dans celles des femmes et des adolescentes, la lutte contre les clichés et pour l’égalité nous concerne tous! 

Publié en Mars 2017 chez Gallimard, traduit par Marguerite Capelle, 80 pages.

28e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2017.

 

 

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