Fairyland – Alysia Abbott

A la mort de son père Steve en 1992, Alysia Abbott trie les affaires de celui-ci, et trouve ses journaux intimes, illustrés de dessins. En les parcourant, elle se remémore son enfance et son adolescence particulières à San Francisco auprès d’un père homosexuel qui l’a élevée seule, une histoire qu’elle raconte dans son récit autobiographique « Fairyland », dans lequel elle intègre des textes de son père.

Alysia nait en 1970. Alors qu’elle n’a que deux ans, sa mère décède dans un accident de voiture (dont elle apprendra d’ailleurs les circonstances exactes dans le journal de son père). Steve, son père, décide alors de déménager à San Francisco et d’élever seul sa fille. Bisexuel avant le décès de son épouse, il devient ensuite exclusivement homosexuel. Alysia grandit donc dans le San Francisco des années 70 et 80 auprès d’un père artiste – il est poète, écrivain, illustrateur, et a créé plusieurs revues littéraires – et bohème. Steve est un père aimant qui veut le meilleur pour sa fille mais celle-ci a du mal à assumer cette famille décalée. Son père l’a en effet inscrite dans une école franco-américaine privée et huppée où les vêtements d’occasion d’Alysia et leur vieille voiture détonnent. Alors qu’il n’est déjà pas courant qu’un père élève seul sa fille, elle fait  son possible pour cacher à ses camarades de classe, mais aussi à sa famille maternelle qu’en plus Steve est homosexuel…

Le récit, parsemé de photos d’Alysia et Steve, est vraiment beau et touchant, il est plein d’amour, de culpabilité aussi. Steve donne beaucoup d’affection à Alysia, il fait en sorte qu’elle reçoive une bonne éducation, l’initie à l’art, il fait vraiment de son mieux mais il est très occupé, parfois maladroit, souvent affecté par des ruptures amoureuses et l’usage de drogues, et ne se rend pas toujours compte du désir de normalité et de stabilité de sa fille, qui voudrait par exemple que son père soit plus présent, qu’il ait une apparence plus discrète et moins gay. Alysia, à l’adolescence, n’est pas tendre, voire même odieuse envers son père, elle a honte de lui,  et leur relation se tend, ce qui la pousse à s’éloigner de Steve, en allant étudier à New York, puis en s’installant à Paris.

Mais Steve va tomber malade du Sida, et Alysia revenir à San Francisco pour s’occuper de lui. Il mourra en 1992, à même pas 50 ans alors que sa fille n’a que 22 ans. Car « Fairyland » raconte aussi en filigrane une parenthèse enchantée de deux décennies dans Haight-Ashbury, quartier solaire de San Francisco, bouillonnant de vie et de culture, dont Alysia connait toutes les rues, les boutiques par cœur, ainsi que les habitants, l’entourage de son père, beaucoup d’intellectuels et artistes gays : touché de plein fouet par l’épidémie du Sida, le quartier va ensuite se transformer, devenir sale, délabré, violent, alors que décèdent les uns après les autres tous les gens qu’Alysia a pu connaître et fréquenter dans sa jeunesse.

Fairyland est le témoignage sincère, pudique et émouvant d’une relation père-fille hors-norme, sans manichéisme aucun. Un récit plein de sentiments mêlés et la chronique d’une époque révolue. A lire ! 

Publié en 2015 chez Globe, traduit par Nicolas Richard, 381 pages.

 

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