C’est après avoir lu « La mémoire retrouvée » d’Edmund de Waal, et « Le dernier des Camondo » de Pierre Assouline, que j’ai eu envie de découvrir « La petite fille au ruban bleu » de Natalie David-Weill.
Irène Cahen d’Anvers est partout, mais toujours en filigrane, et de manière un peu floue. C’est cette fameuse petite fille qui pose pour ce portrait peint par Renoir, détesté par ses commanditaires, ses propres parents, mais qui deviendra célèbre alors que l’on ne sait plus vraiment qui est cette enfant. C’est la fille de Louise de Morpurgo, salonnière et mondaine, amie des plus grands artistes de son époque, et maîtresse de Charles Ephrussi, héros de « La mémoire retrouvée ». Irène est surtout connue pour être la méchante épouse de Moïse de Camondo, qui le quittera, le laissant muré dans la solitude, et négligera ses enfants. En vérité, oui, elle divorce car elle est amoureuse d’un autre homme, le comte Sampieri, mais c’est Moïse qui, par jugement, l’empêche de voir ses enfants plus de quelques heures par semaine. Elle restera d’ailleurs inconsolable de la mort de son fils Nissim.
Natalie David-Weill redonne de l’incarnation à cette femme à qui on semble reprocher d’être libre, amoureuse, mais aussi en quelque sorte d’avoir survécu à la Seconde Guerre mondiale, à ses enfants, à ses petits-enfants pour mourir dans les années 60 à l’âge de 91 ans. Il y a un côté très proustien dans ce livre qui évoque les plus grandes familles de l’époque (dont celle de l’autrice), les salons, les hôtels particuliers, les œuvres d’art… puis la guerre et l’antisémitisme qui rattrapent ces personnalités qui se pensent souvent protégées par leur nom, leur fortune, leurs relations ou leur conversion au catholicisme – et par la France, tout simplement.
Irène est une femme qui va à l’encontre des valeurs de son milieu. Il y a des passions amoureuses, des divorces, de l’argent dilapidé, un pied de nez aux convenances…mais aussi les drames de sa vie : son fils mort au combat, l’une de ses deux filles assassinée à Auschwitz, tout comme deux de ses quatre petits-enfants – toute la lignée Camondo, qui disparait en deux guerres mondiales.
J’aime beaucoup cette période, ce milieu aujourd’hui disparu – Natalie David-Weill lui rend hommage, et sort de l’ombre un beau personnage féminin, femme libre et survivante.
Publié en Mars 2026 chez Flammarion, 448 pages.



