Ainsi vont les filles – Mary Westmacott

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4 coeurs

Vous savez que je suis une grande fan d’Agatha Christie, j’ai lu absolument tous ses livres sauf…ses six romans publiés sous le pseudonyme de Mary Westmacott ! Et quelle meilleure opportunité que le Mois Anglais pour me lancer enfin, avec « Ainsi vont les filles ».

« Ainsi vont les filles » n’est pas un roman policier, contrairement aux livres pour lesquels Agatha Christie est mondialement connue, mais plutôt un roman psychologique. Il a été publié en 1952, mais son sujet est toujours très actuel, puisqu’il aborde les thèmes de la monoparentalité et du remariage. Ann, une femme de quarante-deux ans, a perdu son époux lorsque sa fille Sarah était toute petite. Elle l’a toujours élevée seule, et mère et fille sont très proches. Alors que Sarah, désormais âgée de dix-neuf ans, est en vacances en Suisse, Ann rencontre Richard Caudfield, lui aussi veuf de longue date. C’est le coup de foudre, et les deux tourtereaux décident de se marier. Mais c’est sans compter Sarah, qui prend en grippe « Colle à Faux Cil » tandis que le futur beau-père, homme plutôt rigide, est lui aussi très agacé par le comportement de la jeune fille. Malgré les conseils avisés de son amie Dame Laura, Ann se sent écartelée entre son futur mari et sa fille, et hésite à mener à bien ses projets de mariage.

Agatha
Agatha Christie

J’ai été très surprise par la modernité d' »Ainsi vont les filles », à laquelle je ne m’attendais vraiment pas. Agatha Christie / Mary Westmacott montre dans ce roman toute sa finesse psychologique en brossant les portraits d’une mère et sa fille, dont les aspirations viennent se percuter pour la première fois : Ann s’est toujours consacrée à sa fille, et a mis sa vie personnelle de côté. Elle n’a jamais cherché à se remarier, avant de rencontrer Richard. Sarah, qui est pourtant une jeune adulte, ne supporte pas qu’une tierce personne s’impose entre elle et sa mère, d’autant plus que Richard a un caractère bien trempé. Ann se sent obligée de choisir entre sa fille et son futur mari, alors que c’est peut-être sa dernière chance de refaire sa vie. L’auteure pose ici des questions judicieuses : peut-on sacrifier sa vie conjugale à son enfant sans éprouver du ressentiment et lui faire payer ce sacrifice? Quand doit-on et ne doit-on pas intervenir dans la vie sentimentale d’autrui?

Agatha Christie présente dans « Ainsi vont les filles » trois tableaux de la vie d’Ann et Sarah. Le premier concerne le possible remariage d’Ann. Dans le deuxième, Ann, qui a pris conscience que la quarantaine est l’âge d’un second souffle, s’étourdit dans un tourbillon de fêtes et de sorties, elle qui était encore il y a quelques années si calme et paisible, et a un rythme de vie très similaire à celui de sa fille. Le troisième tableau sonne l’heure des explications entre Ann et Sarah. En effet, Ann en veut à sa fille d’avoir interféré dans sa vie amoureuse, et sait le mal qu’une telle attitude peut provoquer : lorsque Sarah se fait courtiser par un homme à la réputation sulfureuse, elle va donc se tenir en retrait et bien se garder d’empêcher sa fille de se marier. Une manière de se venger en précipitant sa fille dans une union dangereuse et malheureuse, tout en ayant l’air d’une mère moderne qui laisse sa fille décider elle-même de sa vie. L’histoire d' »Ainsi vont les filles » est un conte cruel, dont personne ne sortira indemne : ni Ann, ni Sarah, ni même Richard Cauldfield. D’ailleurs, aucun des protagonistes n’est totalement innocent dans cette affaire : Ann est incapable de prendre du recul et de trouver un équilibre entre sa fille et son futur mari. Elle réagira avec immaturité à cette période de tension, en noyant son chagrin dans la futilité et la superficialité et en se désengageant de son devoir de mère après s’être aperçue que son investissement aura nui à sa vie de femme. Sarah ne réalise pas que son attitude égoïste à un âge où elle devrait prendre son envol gâche la vie de sa mère. Quant à Richard Caulfield, sa rigidité et ses ultimatums ne servent qu’à mettre de l’huile sur le feu. Seule dame Laura, une sacrée bonne femme alliant intelligence, lucidité, dynamisme, charisme et franc-parler, a la distance nécessaire pour envisager les conséquences néfastes de tels comportements.

J’avais un a priori plutôt négatif sur les romans signés « Mary Westmacott » que j’imaginais un peu mièvres et surannés, mais j’ai été très agréablement surprise par « Ainsi vont les filles »dont l’intrigue aurait été inspirée par les affrontements entre l’auteure et sa fille Rosalind, un roman psychologique fin, avec des personnages bien campés, qui ne manque ni de modernité ni de cruauté, et qui m’a donné envie de lire les autres romans signés du pseudonyme d’Agatha Christie!

Publié le 20 Avril 2016 au Livre de Poche, traduit par Dominique Chevallier, 256 pages.

Première participation au Mois Anglais 2016 organisé par Lou et Cryssilda.

 

22 thoughts on “Ainsi vont les filles – Mary Westmacott

  1. J’ignorais qu’Agatha Christie avait écrit des romans sous ce pseudonyme. En fait, j’ignorais même qu’elle avait écrit autre chose que des romans policiers…

    1. Je pense que c’était justement pour bien cloisonner ces livres des romans policiers qu’elle écrivait habituellement qu’elle les a publiés sous un pseudonyme

  2. J’ai un peu du mal avec Agatha Christie que j’ai lu autrefois… Je ne savais pas qu’elle avait écrit sous pseudo. J’ai un documentaire sur elle, emprunté en médiathèque à l’occasion du mois anglais. J’espère avoir le temps de le regarder !
    Et il est sympa ton nouveau chez toi 🙂

    1. j’attends avec impatience ton avis sur ce documentaire, j’aime beaucoup Agatha Christie, et elle a eu une vie passionnante ! (entre sa disparition mystère et ses nombreux voyages) – et merci pour ce gentil commentaire sur mon nouveau blog !

  3. Jamais lu on plus les romans publiés sous le nom de Mary Westmacott. Je profite des rééditions en cette année anniversaire pour faire mon stock et compléter « Loin de vous ce printemps » que j’ai déjà. Je sens que ça va être bien aussi 😉

  4. J’ai réellement plaisir à lire Agatha Christie que je redécouvre actuellement. Mais j’avais aussi en tête que ses romans signés Westmacott étaient un peu mièvres et surannés. Du coup ce billet attise mon intérêt, d’autant plus que je le trouve très intéressant.
    Et bravo pour le nouveau blog, je le trouve très sympa.

  5. Je ne me rappelais plus qu’elle avait publié sous un autre nom mais en tout cas le livre a l’air d’etre une bonne découverte. Je n’ai pas lu beaucoup de ses livres mais il faudrait !

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