Ma vie sur la route – Gloria Steinem

C’est en lisant « Sorcières » de Mona Chollet que j’ai pour la première fois entendu parler de Gloria Steinem, journaliste, féministe, lobbyiste…quelques mois plus tard, est parue en France son autobiographie, « Ma vie sur la route », qui a aiguisé ma curiosité.

Gloria Steinem, née en 1934, a eu une enfance particulière. En effet, son père, épris de liberté, emmenait sa famille sur les routes une grande partie de l’année, gagnant sa vie en achetant et revendant des antiquités…Gloria n’a donc pas été scolarisée avant l’âge de dix ans, lorsque ses parents ont divorcé ( ce qui, selon elle, « lui a épargné toutes les limites et les obligations que l’école impose aux filles par rapport aux garçons »). Quant à sa mère, c’était une femme qui avait renoncé à une carrière de journaliste pour se consacrer à sa famille, et qui s’était enfoncée dans l’angoisse et la dépression.  Si Gloria Steinem a un temps recherché une existence stable et conventionnelle, pour pallier à son enfance chaotique et à la solitude dans laquelle chacun de ses parents s’était enfermé – sur la route pour son père, au foyer pour sa mère – elle a rapidement trouvé sa voie dans l’engagement féministe, menant une vie qui était celle qu’aurait voulu vivre sa mère, loin du « traumatisme de l’absence d’événement », tout en capitalisant sur ce que lui avait transmis son père : l’attrait du voyage, l’espoir, le goût de la liberté et de l’indépendance, la bonté, la bienveillance, le respect de l’autre…

Outre ces passages très marquants sur ses parents, Gloria Steinem aborde, à travers son engagement féministe, la défense sans relâche de l’égalité entre les humains et des droits des minorités. Elle retrace dans ce livre soixante ans d’histoire des Etats-Unis : le mouvement des droits civiques, la guerre du Vietnam, mais aussi les grandes campagnes politiques, notamment à travers son dilemme entre soutenir la candidature démocrate d’Hilary Clinton ou de Barack Obama en 2008, et des thèmes de société comme la prison (« A New York, la somme dépensée pour nourrir et loger un détenu pendant un an suffirait à couvrir les frais de scolarité à Harvard pendant plus de trois ans ») ou la prostitution (elle est contre la légalisation de la prostitution car « si c’est un métier comme un autre, alors on peut obliger les femmes et les hommes à le faire »)…

C’est un livre à la fois très réfléchi et très accessible : Gloria Steinem expose ses points de vue de façon très pertinente, avec beaucoup de clarté. J’ai souligné énormément de passages, que j’ai trouvés vraiment intelligents et profonds. L’auteure insiste sur l’importance du voyage : être curieux,  sortir de chez soi, aller à la rencontre des autres là où ils habitent … – mais aussi sur l’importance d’avoir un foyer dans lequel on se sent bien, et dans lequel on est content de rentrer et de vivre, pour ne pas que le voyage soit une errance, une fuite en avant. Elle plaide pour l’ouverture aux autres, pour la confiance, pour l’échange, pour l’écoute, pour l’importance de se rencontrer et de parler en public pour partager ses idées et débattre. 

« Ma vie sur la route » de Gloria Steinem est un ouvrage inspirant, et nécessaire également, car rien n’est jamais acquis – les récentes attaques contre le droit à l’avortement dans de nombreux pays le prouvent. Une très belle découverte, et un livre que je recommande chaudement. 

Publié en Mars 2019 chez Harper Collins, traduit par Karine Laléchère, 416 pages.

25e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2019.

 

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