Cherchez la Femme – Alice Ferney

4 coeurs

« Cherchez la Femme » est un roman qui m’a beaucoup secouée. Alice Ferney nous présente, dans le détail, la vie conjugale de Vladimir et Nina puis celle de Serge, leur fils aîné adoré, voire adulé, marié avec Marianne, le tout décrit avec beaucoup de pessimisme et de cynisme.

Le narrateur est omniscient, ce que j’ai trouvé assez agaçant, car tout
est décortiqué d’un point de vue psychologique, et est amené sur un plateau: j’aurais souhaité un peu de recul, et un peu plus de confiance dans la capacité du lecteur à se faire son propre jugement.
Mais il est en même temps très fascinant d’observer à la loupe les agissements
détaillés des personnages, d’une façon un peu voyeuriste, comme si l’on
regardait par le trou de serrure ce qui se passe dans la maison du voisin…
Je reprocherai quand même à Alice Ferney de toujours s’intéresser à ce qui ne va pas, aux défauts, à la médiocrité, à la mesquinerie, et de ne pas plus prendre en compte les bons moments- car il y en a. Serge et Marianne ont une vie conjugale plutôt heureuse pendant une quinzaine d’années, mais la description
de ces années dure quelques lignes, alors que les quatre dernières années de leur couple (évidemment plus intéressantes au niveau narratif!) sont disséquées sur des dizaines et des dizaines de pages.
Alors, forcément, les personnages ne sont pas attachants, puisque l’auteur insiste surtout sur leurs bassesses ou leur lâcheté. Nina est une hystérique pleurnicheuse, qui fait payer toute sa vie à son mari le fait qu’elle n’ait pas
fait d’études… Et j’ai envie de lui demander pourquoi elle n’a pas, comme beaucoup de femmes, repris ses études ou fait une formation, ou même fait du bénévolat, ce qui lui permettrait d’avoir une activité au lieu de rester confinée chez elle, un verre de whisky à la main ?
Vladimir est décrit comme un homme conservateur, lent, pusillanime, soumis à sa femme.
Serge est un beau parleur narcissique- je me demande d’ailleurs s’il n’est pas la représentation d’une personne avec qui Alice Ferney a des comptes à régler, car c’est un assassinat littéraire en règles… Serge est Normalien, et le concours est bien assez difficile, et la concurrence assez féroce, pour que sa réussite ne soit pas qualifiée de « miracle ». Serge monte également une entreprise informatique qui connait beaucoup de succès, or il est toujours décrit comme une personne médiocre et il n’est pas souligné qu’il est aussi un entrepreneur brillant.
Marianne, sa femme, est relativement épargnée, elle est belle, intelligente, compréhensive, dynamique, et connait une grande réussite professionnelle avec ses sacs de luxe… mais sa façon de s’accrocher à Serge après leur divorce,
comme une moule à son rocher, alors qu’il n’en a plus rien à faire d’elle et qu’elle a rencontré un homme très bien et qui l’aime, est pathétique, et on a envie de lui mettre des claques.
Pourtant, et c’est ce qui fait peur, on connait tous des Nina –de petites vieilles odieuses qui se vengent sur leur mari de leur propre mollesse, des Serge, des Brune, des Marianne… Dans chacun des personnages, on peut reconnaître certains de nos propres travers, voire même des situations que nous avons déjà vécues, et c’est tout le talent d’Alice Ferney d’extrêmement bien dépeindre des scènes hyperréalistes. Il est difficile de sortir indemne de ce livre, sans regarder son couple et son conjoint d’un autre (d’un drôle d’ ?) œil, de se poser beaucoup de questions sur sa propre attitude face à la vie, ou à la conjugalité.
« Cherchez la Femme » n’est donc pas sans défaut, mais c’est un roman marquant, aux personnages finement observés, et Alice Ferney maîtrise très bien les petites phrases assassines qui font mouche, et sait appuyer là où ça fait mal… Pour moi c’est un concurrent sérieux pour remporter le Prix ELLE.

 

14 commentaires sur “Cherchez la Femme – Alice Ferney

  1. Je n'en suis pas à la moitié mais ton avis me convient! J'aime quand même ce roman, je dirai que pour moi son plus gros défaut c'est qu'il est trop long et détaillé et du coup on se lasse un peu…

  2. Je crois que si je m'étais calmée c'est ce que j'aurais écrit. 😉
    Je suis d'accord avec toi sur les forces et faiblesses du livre. Ca m'a chamboulée. Si tu lis ça en peu de jours, tu peux être atteinte d'auto-analyse sévère

  3. nouvel essai/
    Donc je disais que j'étais beaucoup moins enthousiaste que toi sur ce roman, mais je te rejoins sur plusieurs points, en particulier que c'est un miroir déformant qu'elle nous renvoyait…Après bon, si pour toi c'est un concurrent au K. tant mieux, ce n'est malheureusement pas avec ma note mitigée qu'elle détrônera Esprit d'hiver.
    Bon dimanche Eva

    1. Je pense vraiment que le Ferney peut détrôner le K. en tout cas, c'est un livre qui ne laisse pas indifférent, et rien que pour toutes les discussions sur le groupe au sujet de "ce con de Serge", je l'aime 😉

  4. Moi je pense quo'n est entourés de gens un peu, plus ou moins comme les personnages de ce roman (qui sont bien entendu exagérés) je me suis même reconnue dans certains traits de caractère de certains personnages…

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