Ciel d’Acier – Michel Moutot

ciel d acier

4 coeurs

« Ciel d’Acier » de Michel Moutot est un roman que j’ai eu la chance de gagner grâce à Delphine. Il m’est parvenu avec une dédicace de l’auteur, une sympathique attention. Par hasard, il se trouve que ce livre faisait également partie de la sélection du Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points, dont j’étais jurée (j’ai d’ailleurs envoyé mon vote aujourd’hui, je vous en reparle dans un prochain billet)

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« Ciel d’Acier » raconte l’histoire d’une famille, les LaLiberté, des Indiens Mohawks ironworkers de père en fils : ce sont des ouvriers spécialisés dans le travail de l’acier, et qui ont donc un rôle clé dans la construction des gratte-ciels, mais aussi des grands ponts. Le livre commence le 11 Septembre 2011 avec l’effondrement des tours du World Trade Center : John LaLiberté se précipite sur les lieux afin d’aider à retrouver des survivants. En effet, les ironworkers, puisqu’ils ont bâti ces gratte-ciels, savent aussi comment manier le chalumeau pour les déconstruire et peut-être désincarcérer des survivants. John a une relation particulière avec le World Trade Center puisque son propre père, Tool, avait participé à sa construction dans les années 70 : foudroyé lors d’un orage, il fut le seul ouvrier qui mourut sur le chantier. Mais ce n’était pas le premier drame vécu par la famille LaLiberté, puisqu’en 1907 leur ancêtre Manish Rochelle travaillait sur le chantier du Pont du Québec (NDLR:merci Marie-Claude!) qui s’effondra en tuant 76 ouvriers, la moitié d’entre eux étant des Mohawks issue de la même réserve Kahnawake…

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Michel Moutot

« Ciel d’Acier » est un livre très documenté, qui m’a fait découvrir l’histoire des Indiens Mohawks issus de cette réserve située au Québec, et qui portent donc souvent des noms à consonance française, et qui peuvent circuler librement entre le Canada et les Etats-Unis. De tout temps, ils ont été impliqués dans des projets un peu fous : collaborateurs de Buffalo Bill, marins accompagnant l’armée britannique en Egypte, bâtisseurs de ponts, bâtisseurs de gratte-ciels. Le roman nous fait également découvrir les règles de la réserve, et cette rumeur selon laquelle ils ne seraient pas victimes du vertige… Une rumeur infondée, mais qui arrange bien les Mohawks car elle leur a permis de trouver facilement du travail comme ironworkers, un métier intéressant et plutôt bien payé…mais aussi très dangereux. Le récit alterne les périodes, de 1880 à 1907, puis 1970 et enfin 2001. Michel Moutot est un journaliste qui a notamment été récompensé pour sa couverture du 11 Septembre, et on sent clairement qu’il maîtrise son sujet et que cette partie n’est pas qu’une oeuvre de fiction : j’ai vraiment eu l’impression d’être avec John LaLiberté dans les décombres du World Trade Center, entre la poussière, la chaleur, les risques d’effondrement, les gaz toxiques, l’espoir très mince de retrouver des survivants et cette horreur permanente à chaque découverte macabre.

J’ai vraiment trouvé ce livre passionnant, tant pour les thèmes abordés – la culture Mohawks, la construction des grands ponts et des grands bâtiments – que pour l’incarnation des personnages : on s’attache à cette famille, que ce soit Manish, Tool ou bien John. J’ai quand même quelques bémols : le style de Michel Moutot est très journalistique et manque vraiment, à mon goût, de souffle littéraire, et cela se sent notamment dans les dialogues , que j’ai trouvé assez plats. C’est dommage car c’est ce qui m’a empêchée de voir en « Ciel d’Acier » une grande fresque romanesque et cela a diminué mon plaisir de lecture. A noter également une incohérence : en 2001, la fille de John, Tami, a 12 ans mais en 2002 John raconte à son amie que sa fille vient d’obtenir une bourse pour entrer à l’université de Dartmouth…

 « Ciel d’Acier » de Michel Moutot est un roman vraiment intéressant et passionnant , où l’on sent clairement que l’auteur sait de quoi il parle et a fait aussi un gros travail de recherche. Dommage cependant que l’écriture soit assez plate , ce qui m’a empêchée de trouver ce livre vraiment excellent mais « Ciel d’Acier » m’a quand même beaucoup plu, et c’est un roman que je suis ravie d’avoir pu découvrir.

Publié le 8 Janvier 2015 aux Editions Arléa, 522 pages, disponible en poche chez Points

19 commentaires sur “Ciel d’Acier – Michel Moutot

  1. Je voulais le lire pour toute la partie sur les indiens Mohawks – j’aime bien que tu fasses ressortir les bémols (j’ai tendance aussi à hoqueter devant les incohérences, pareil au cinéma ou devant une série…) et le style journalistique qui reste très prégnant. Mais je vais le lire, c’est certain !

    1. là l’incohérence était tellement énorme que je me demande encore si j’ai bien tout compris ou s’il n’y a pas deux filles dans l’histoire ^^
      je pense vraiment qu’il peut te plaire, il est à la fois agréable et très documenté

  2. Je l’avais noté lors de sa parution, mais je n’ai pas succombé. Avec sa sortie en poche et sa superbe couverture, je fonce. J’aime cette idée de mélanger les époques.
    Petite note! Tu écris: «le chantier du Pont du Saint-Laurent qui s’effondra en tuant 76 ouvriers, la moitié d’entre eux étant des Mohawks issue de la même réserve Kahnawake». Il s’agit plutôt du Pont de Québec. (J’habite à 10 pas de là!) Le Saint-Laurent est un fleuve et plusieurs ponts l’enjambe. Ce pauvre pont de Québec, il en a vu de toutes les couleurs… Deux effondrements à quelques années d’intervalle. Et aujourd’hui même, il fait encore débat. Il est tout rouillé et doit être repeint. Les gouvernements du Canada et du Québec se lancent la balle pour savoir qui doit payer. C’est en cours…
    Pour en savoir plus sur les effondrements: https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_de_Qu%C3%A9bec#Premier_effondrement
    Au début des années 1970, avec l’augmentation du transport routier, on a construit, juste à côté, le pont Pierre-Laporte. Ainsi, deux ponts, côte à côte, relient la ville de Québec à la rive sud.

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