911 – Shannon Burke

La semaine dernière, j’ai assisté à la soirée de lancement du Prix SNCF du Polar 2018 qui avait lieu au Forum des Images. L’occasion de savoir quels étaient les 5 polars, 5 bandes dessinées, et 7 courts-métrages choisis par les différents comités de sélection et pour lesquels on pourra voter jusqu’au 31 Mai 2018 sur https://polar.sncf.com/ . 

Pour cette 18e édition du Prix, les œuvres sélectionnées seront disponibles de Novembre à Mars 2018 sur SNCF e-LIVRE, la bibliothèque digitale de SNCF, à raison d’un roman et d’une BD par mois, et les courts-métrages seront également disponibles sur la plateforme à raison d’un par mois.

Parmi les 5 polars sélectionnés, 3 que j’ai déjà lus !

« Un Fonds de Vérité » de Zygmunt Miloszewski

« Six Jours » de Ryan Gattis

« Il reste la poussière » de Sandrine Collette

« Toutes les Vagues de l’Océan » de Victor del Arbol (qui me tente beaucoup!)

« Le Moineau Rouge » de Jason Matthews (que je ne connais pas du tout…)

Mais vous me direz, quel rapport avec « 911 » de Shannon Burke? Tout simplement, parce que j’avais repéré ce livre l’an dernier justement car il faisait partie de la sélection 2017! Cette soirée m’a donc donné envie de le sortir enfin de ma PAL!

« 911 » c’est l’histoire d’une tranche de vie : en 1993, le jeune Ollie Cross, qui a été recalé à l’entrée de l’école de médecine, prend un job d’ambulancier en attendant de repasser le concours, dans le but d’obtenir une vraie expérience terrain. Il est affecté à la Station 18, en plein cœur de Harlem, et se prend de plein fouet le quotidien de son métier. Le job est nativement difficile puisqu’un ambulancier est tous les jours confronté à la douleur, à la mort, et à des scènes très choquantes. Mais le fait que l’activité se déroule à Harlem rajoute énormément de tensions au métier : problèmes de drogue, de guerres de gang, de maltraitance…et une vraie défiance, voire une agressivité à l’égard des ambulanciers qui, pour les habitants de ce ghetto, sont les représentants du système. Ollie et ses collègues travaillent donc dans le stress, voire même parfois la peur, avec en plus un sentiment d’injustice : ils risquent leur vie, ruinent leur santé mentale, mettent à mal leur famille pour des gens qui non seulement ne les remercient jamais mais en plus les traitent comme des ennemis.

Ce quotidien très dur et particulier, associé à des horaires décalés, complique la vie de couple, et isole les ambulanciers. Progressivement, ils coupent les liens avec les personnes extérieures au métier, restant entre eux, créant un esprit « nous contre le reste du monde ». Ollie a une petite amie qui, elle, a réussi à entrer en école de médecine, mais que peut-elle comprendre à sa nouvelle vie, elle qui n’a jamais été confrontée à ce quotidien proche d’un état de guerre? 

« 911 » est un roman d’initiation, celui d’un jeune homme de bonne famille qui sort de son parcours tout tracé (aller à l’université, devenir médecin) pour être confronté à un métier compliqué, et à un environnement extrêmement dur. Il doit non seulement apprendre à secourir les personnes en très peu de temps et avec peu de moyens, mais aussi s’adapter à la violence d’Harlem et s’intégrer dans le groupe des ambulanciers, des hommes plus âgés, et beaucoup plus expérimentés que lui, que les années ont abîmés : Rutkovsky n’éprouve plus que du désabusement, LaFontaine fait preuve d’une dureté qui devient de plus en plus malsaine, Verdis est au contraire devenu trop empathique au risque de perdre en efficacité…

Il y a beaucoup de tension dans ce livre, à chaque page on craint pour la vie d’Ollie et de ses équipiers. Et puis, au fil des pages, on se demande si Ollie, sorti de son milieu, coupé du reste du monde, ne va pas subir l’influence parfois toxique de certains de ses collègues, et basculer dans l’illégalité voire dans l’irréparable…

Shannon Burke a lui aussi été ambulancier à New York dans les années 90, et nul doute qu’il a mis beaucoup de lui dans cette histoire. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce type de récit, je pensais que le métier d’ambulancier allait être une toile de fond pour un thriller, alors que c’est, outre un roman d’initiation, un roman psychologique et une chronique sociale.  « 911 » est un livre saisissant, réaliste et dérangeant, qui se lit d’une traite…à découvrir!

Publié en Juin 2014 chez Sonatine, traduit par Diniz Galhos, 208 pages, existe en poche chez 10/18.

8 commentaires sur “911 – Shannon Burke

    1. oui, effectivement le thriller est leur coeur de métier, mais ils publient également des documents (Addict, Je vous aimais terriblement…) , des romans noirs (911, Contre Moi)…et souvent d’excellente qualité!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *