La Daronne – Hannelore Cayre

Après avoir fini ce (génial) pavé qu’est « La Serpe », j’avais envie de souffler un peu en lisant un livre beaucoup plus court et moins dense (je ne suis pas une grande fan de pavés, j’aime varier les plaisirs et ne pas rester plusieurs jours d’affilée avec le même livre). J’ai donc sorti de ma PAL un thriller publié en début d’année par Métailié et qui a le mérite de compter moins de 200 pages, « La Daronne » d’Hannelore Cayre.

Et dès la première page, j’ai été conquise par le style et l’humour de l’auteure qui a apparemment mis beaucoup d’elle dans son personnage principal (allant même jusqu’à poser, déguisée, pour la couverture!). Patience Portefeux, 53 ans, veuve très tôt, a élevé seule ses deux filles en peinant à joindre les deux bouts. Titulaire d’un doctorat de langue arabe, elle travaille comme interprète pour le Ministère de la Justice…au noir. Elle n’aura donc pas de retraite, ce qui l’angoisse beaucoup : comment financer ses vieux jours? Que pourra-t-elle léguer à ses filles?  D’autant plus que la maison de retraite pour sa mère lui coûte 3000 euros par mois.

Alors un jour, Patience en a marre. Elle traduit énormément d’écoutes téléphoniques dans le cadre d’enquêtes sur des trafics de drogue, ce qui lui a tout appris sur le trafic de cannabis : les quantités, les prix, les processus, les trajets, les contacts… Lorsqu’une cargaison se retrouve dans la nature et que les autres personnes qui savent où la trouver se font assassiner, Patience saute le pas : un foulard, des lunettes, de gros sacs Tati, et elle devient « la daronne »pour écouler les centaines de kilos qu’elle a récupérés. Et puisque toutes les écoutes téléphoniques de conversations intégrant des mots en arabe passent par elle, rien de plus facile pour falsifier habilement quelques phrases par ci, par là. Il faut dire que Patience a de qui tenir puisque son père était lui-même un truand – et elle est nostalgique de cette époque faste et insouciante à laquelle elle a dû renoncer…

 J’ai adoré ce roman noir porté par une héroïne attachante. Même si Patience a été élevée dans le luxe, ce n’est pas tant pour l’appât du gain qu’elle se lance dans le trafic, que pour mettre ses filles à l’abri du besoin.  Elle est représentative d’une génération qui ne gagne pas si mal sa vie, mais pas assez pour à la fois aider la génération d’avant (les parents en maison de retraite), aider la génération d’après (les enfants en situation précaire), et s’assurer un avenir tranquille. Et comment rester du bon côté de la Loi quand on écoute toute la journée des dealers parler de leurs activités illégales et de l’argent qui en découle, et que votre employeur, qui pourtant représente la Loi, vous emploie illégalement? Quitte à travailler (dur) au black, autant le faire pour gagner des fortunes!

J’ai lu un autre roman d’Hannelore Cayre, « Commis d’Office » auquel je n’ai pas du tout accroché (je ne me suis pas attachée au personnage, je n’ai été convaincue ni par le style ni par l’histoire), mais « La Daronne » a vraiment fait mouche. C’est drôle, pertinent, impertinent… et derrière cette histoire extraordinaire se cache aussi une réalité très ordinaire, avec les problèmes de notre société actuelle : la prise en charge des personnes âgées, les responsabilités qui posent sur les femmes, l’impasse dans laquelle vivent de nombreux jeunes de banlieue…C’est aussi un livre féministe qui repose sur des portraits de femmes fortes, prêtes à tout pour améliorer le quotidien et assurer l’avenir de leur famille. Un roman original, qui se lit vite et bien, à découvrir d’urgence! 

Publié en Mars 2017 chez Métailié, 176 pages.

33e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2017.

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