Les Mains du Miracle – Joseph Kessel

« Les Mains du Miracle » étant qualifié de chef d’œuvre par plusieurs lecteurs de mon entourage, j’étais ravie de le lire pour le 146e épisode de Bibliomaniacs (que vous pouvez retrouver ici)

Joseph Kessel raconte l’histoire vraie de Félix Kersten, masseur très réputé en Europe, appelé au chevet de Himmler qui souffre de terribles maux d’estomac. Le soignant, qui menait une vie tranquille, hors des sphères politiques, devient alors le médecin personnel du numéro 2 du nazisme. Fort de son influence sur celui qu’il est le seul à soulager, Kersten parvient à soutirer à Himmler des renseignements, des faveurs… jusqu’à sauver de très nombreuses vies.

Je ressors mitigée de cette lecture. L’histoire est absolument incroyable et le livre, 60 ans après sa sortie, n’a pas vieilli. C’est le témoignage d’un homme dans l’œil du cyclone, qui nous révèle les coulisses de la vie d’un des personnages les plus terribles de l’époque. C’est aussi le récit de l’emprise d’un médecin sur son patient, de l’addiction d’Himmler pour Kersten et sa technique de massage.

Cependant , j’ai trouvé que ce livre manquait vraiment de recul, avec un ton candide, où l’on part du principe que tout est vrai, sans questionnement, analyse, ou contre-témoignage, à la limite de l’hagiographie.

Malheureusement, ce ton bonhomme a impacté la façon dont j’ai appréhendé le texte: Himmler dit oui à tout, Kersten empêche des événements inconnus de se produire (qui a entendu parler de la déportation de toute la Hollande?) et finalement (oui je suis cynique) le masseur semble mener la belle vie – il voyage, mange bien, a une ligne de téléphone privée, des courriers non ouverts, et des témoins de Jehovah qui travaillent pour lui.

Je ne dis pas que je n’y crois pas, mais la façon dont cette histoire est racontée m’a gênée et n’aide pas à rendre les événements crédibles. On sent que c’est un texte écrit peu de temps après la guerre (1960) par un ami admiratif, et non un document littéraire fouillé. Un texte certes passionnant mais trop candide et hagiographique pour moi.

Disponible en poche chez Folio, 415 pages.

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