Je ne sais pas quoi en penser. Tel est mon avis sur « Chair », le dernier roman de David Szalay, lauréat du Booker Prize 2025.
Le livre suit la trajectoire d’Istvan, que l’on découvre adolescent dans les années 90 en Hongrie au début de l’ouvrage. Le garçon vient de s’installer avec sa mère dans un immeuble d’une petite ville. Celle-ci lui demande de rendre service à une voisine, dont le mari est âgé et malade. Istvan se lie avec cette femme quadragénaire, une relation d’entraide et de voisinage qui finit par devenir une relation sexuelle…jusqu’au drame. Après une ellipse de quelques années, on retrouve un Istvan jeune homme, qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie …puis encore quelques années plus tard, un Istvan qui rentre d’opération militaire… Puis direction l’Angleterre, où, alors qu’il vivote en tant que videur de boite de nuit, il fait une rencontre qui va changer le cours de sa vie et lui faire fréquenter l’élite du pays, puis encore une autre rencontre qui va être tout aussi impactante…
« Chair » est l’histoire de l’ascension sociale d’Istvan, mais presque « à l’insu de son plein gré ». Je ne dirais pas qu’Istvan est totalement passif, car il saisit les opportunités que la vie lui apporte, mais ce sont souvent les autres qui le poussent, qui le séduisent, qui lui offrent quelque chose…tout se déroule « par accident ». Le titre pourrait laisser penser à un roman sensuel, érotique, mais même s’il y a plusieurs relations sexuelles et/ou sentimentales, j’ai trouvé justement que l’histoire manquait de chair, dans tous les sens du terme.
L’écriture est minimaliste, à l’os, sans vraie tension, ou même sensualité. Il y a quelque chose de froid, de lisse, de neutre dans ce livre, qui tient à distance. Déjà parce que les ellipses entre chaque chapitre n’aident pas à s’attacher à Istvan. Il y a de tels écarts de temps, de lieux, de situations entre chaque chapitre, qu’il pourrait s’agir de personnes différentes : j’ai eu l’impression de lire un recueil de nouvelles plutôt qu’un roman suivant la trajectoire d’un seul et même homme. Et puis aussi parce que même les conversations ont quelque chose de mécanique, de banal, de quasi anonyme.
Et pourtant, ce livre, qui ne me manquait pas durant ma lecture quand je le reposais, que j’ai lu sans être vraiment happée par l’intrigue puisque celle-ci est très fragmentée, me reste en tête depuis. Et si je ne comprends pas vraiment l’enthousiasme autour de ce roman, je ne peux pas dire qu’il ne m’a pas plu, mais je ne peux pas dire non plus que je l’ai aimé…
Publié chez Albin Michel en Janvier 2026, traduction par Benoit Philippe, 384 pages.



