« Malheur aux vaincus » se déroule à Alger en 1900. Un massacre est découvert dans une villa cossue : le couple Wandell, leur domestique et trois tirailleurs ont été sauvagement assassinés. Le lieutenant Julien Koestler est chargé de l’enquête : les soupçons s’orientent vers deux bagnards qui avaient été engagés pour des travaux à la villa …
J’ai trouvé le contexte historique de ce polar extrêmement intéressant. Suite au décret Crémieux qui attribue la citoyenneté française aux « Israélites indigènes d’Algérie » et à l’affaire Dreyfus, Alger est secoué par un vent violent antisémite, personnifié par Max Régis, journaliste élu maire d’Alger à la tête d’une liste anti-juive avant d’être révoqué. On fait notamment la chasse aux commerces tenus par des Juifs et à celles et ceux qui continuent à s’y fournir …
L’histoire nous emmène également dans un bagne militaire en plein milieu du désert aux côtés d’une forte tête arrêtée pour pas grand chose… puis lors de la mission coloniale de Voulet et Chanoine en Afrique centrale, marquée par de nombreux massacres …
J’ignorais tout de ces différentes facettes historiques du roman. Je me suis également attachée à Catherine, la jeune commerçante d’origine alsacienne, que le lieutenant Koestler a connue longremps auparavant et qui se retrouve mêlée à l’enquête via une bande d’orphelins algériens dont elle s’occupe…
L’ambiance, le contexte historique, tout est très travaillé et passionnant à lire. En revanche, je suis plus dubitative sur l’intrigue en elle-même: j’ai eu l’impression que Gwenaël Bulteau avait fusionné plusieurs projets littéraires. Les différentes histoires se lient difficilement, en raison d’un trop-plein de sujets et de personnages, les pièces du puzzle ont du mal à s’imbriquer et finalement, la dimension historique prend le pas sur l’intrigue.
Dans ce polar historique, la partie historique est donc à mes yeux plus réussie que la partie polar, même si j’ai rarement appris autant de choses en lisant un policier !
Publié en 2024 à la Manufacture de Livres, en poche chez 10/18, 320 pages.



