Souviens-toi de moi comme ça – Bret Anthony Johnston

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4 coeurs

Pour ma dernière participation au Mois Américain 2016, j’ai choisi « Souviens-toi de moi comme ça », le roman d’un auteur que j’ai eu l’occasion de croiser au Festival America, Bret Anthony Johnston.

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Bret Anthony Johnston (avec les mains levées) en compagnie de David Treuer

Il y a quelques semaines, je lisais « Daddy Love » de Joyce Carol Oates et je remarquais qu’il y avait peu de romans qui évoquaient l' »après », et notamment le retour d’enfants enlevés. C’est justement le sujet de « Souviens-toi de moi comme ça ». Justin Campbell a disparu à l’âge de 11 ans, alors qu’il était parti faire du skate. Quatre ans plus tard, ses parents et son petit frère espèrent encore son retour et font ce qu’ils peuvent pour survivre – le père, Eric, a une liaison tandis que la mère, Laura, passe tout son temps libre en tant que bénévole dans un centre pour animaux marins. Leur fils cadet, Griff, tente de trouver sa place. Un jour, un coup de fil leur annonce que Justin a été retrouvé :une femme qui tient une animalerie l’a reconnu alors qu’il achetait des souris pour nourrir son serpent. Justin retourne dans sa famille, tandis qu‘un homme, Dwayne Buford, est arrêté pour son kidnapping. Tous deux vivaient dans une résidence, à quelques kilomètres de là…

Rien de glauque dans ce roman malgré un sujet difficile. « Souviens-toi de moi comme ça » est un livre tout en pudeur, qui repose sur deux axes : le retour de Justin dans sa famille, et l’arrestation de son kidnappeur. Les Campbell, qui avaient perdu un petit garçon, retrouvent un jeune homme – et un jeune homme finalement très mystérieux. On ne saura jamais vraiment ce qu’il s’est passé pendant ces quatre années, quelles étaient les motivations du kidnappeur, ce qu’il a fait à Justin, quelle a été leur vie pendant aussi longtemps. Les parents découvrent avec stupeur que Justin vivait à seulement quelques kilomètres de chez eux, sans être reclus – il avait des amis, une copine, des voisins… Pourquoi ne s’est-il pas enfui, alors qu’il en avait l’occasion? Et pourquoi n’a-t-il pas été retrouvé, malgré les moyens mis en place et les efforts constants de ses parents, alors qu’il se trouvait dans la ville voisine? On ne saura pas non plus grand chose du kidnappeur et de sa personnalité – le seul élément important est que ses parents, les Buford, habitent non loin de chez les Campbell. Le père Buford est même une connaissance du grand-père Campbell, Cecil, qui est prêteur sur gages et qui, malgré son âge, a encore un fort caractère.

L’intrigue s’attache vraiment à la famille Campbell, à leur façon de gérer les retrouvailles, mais aussi leur haine envers Dwayne Buford. Le roman pointe d’ailleurs du doigt une pratique judiciaire, la libération sous caution, qui fait qu’un homme comme Dwayne, qui a enlevé et séquestré un mineur, et a sans doute abusé de lui, peut se retrouver en liberté parce que ses parents sont riches et ont de quoi payer un million de dollars… Le récit est parfois un peu lent, mais on sent que l’auteur pose ses personnages, s’attache à leurs attitudes, leurs décisions, leurs relations… J’ai particulièrement apprécié la relation entre les deux frères, elle aussi tout en pudeur, mais aussi regrets et culpabilité. Justin est également un personnage touchant, qui est plutôt défini par les relations qu’il entretient avec sa famille et par l’impact de son retour sur celle-ci. Au milieu de toute cette agitation, il semble bienveillant mais aussi déphasé, en décalage avec le rythme et les préoccupations de ceux qui l’entourent.

« Souviens-toi de moi comme ça » de Bret Anthony Johnston est un beau roman, un peu déroutant par le mystère qu’il dégage. Beaucoup de questions ne trouveront pas de réponses mais c’est un livre prenant, porté par des personnages attachants confrontés à une situation extrêmement difficile, que j’ai dévoré, ayant hâte de savoir comment il allait finir. Un premier roman très prometteur!

Publié en Mars 2016 aux Editions Albin Michel, traduit par France Camus-Pichon, 448 pages.

35e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMélo et 9e participation au Mois Américain 2016

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17 commentaires sur “Souviens-toi de moi comme ça – Bret Anthony Johnston

  1. Après lecture de ton billet, il me tente de plus en plus. C’est vrai que l’«après» est peu traité dans les romans.
    Sans en faire une urgence, j’attendrai sa parution en poche. Ça me donnera le temps de respirer!

    1. le livre est beaucoup moins dur que celui de JC Oates (Daddy Love), il faut dire que l’auteure aime quand même bien quand c’est glauque…mais je comprends tout à fait que ce genre de roman ne tente pas, surtout quand on est parent

  2. Je me souviens de l’avoir vu aussi au Festival mais pas son livre ! pour l’histoire, ça ressemble beaucoup à un film des années 90 avec Michelle Pfeiffer qui retrouvait aussi son fils devenu ado. Pour toutes les questions, j’avoue que j’aurais du mal à n’avoir qu’aucune réponse surtout qu’il avait 11 ans et pas 3 ou 4 ans donc à un âge très avancé (à cet âge-là, ils savent comment prendre les transports, le numéro de la police, leur nom et adresse) donc je suis bête mais j’aurais préféré que l’auteur le fasse enlever plus jeune, dans ces cas-là, aucune question ne me taraude !
    je me souviens aussi que dans le film, il retrouvait se frères (aîné et cadet) et que c’était eux qui allaient aider à « reconstituer » la famille.
    Je ne sais pas trop quoi penser. Par exemple, sa famille lui paie sa caution mais ne s’est jamais demandée pourquoi ou comment un gamin de 11 ans était venu vivre chez lui pendant 4 ans ? après, il s’est peut-être inspiré de la vie d’un garçon, kidnappé, je pense vers l’âge de 9-10 ans, qu’on a retrouvé aussi à l’âge de 14 ans et qui jouait au basket avec les gosses du quartier, scolarisé ..ils l’avaient retrouvé parce que son kidnappeur, le trouvait sans « trop vieux » et avait kidnappé un autre garçon.

    1. il faut dire que c’était plutôt David Treuer qui retenait ton attention 🙂 j’avais déjà repéré le livre avant le Festival…
      c’est vrai que cette ellipse sur les conditions de détention est ce qui m’a le plus gênée dans le roman même si on peut comprendre que le récit se concentre sur la réadaptation de l’enfant dans sa famille et que certaines choses – dont l’enfant ne parle pas, sauf un peu à son frère – ne soient pas dévoilées. J’ai lu effectivement plusieurs articles sur des adolescents kidnappés qui avaient une « vie sociale » avec leur kidnappeur, donc sans doute une emprise et un syndrome de Stockholm (dans Daddy Love de Jc Oates, l’enfant kidnappé est beaucoup plus jeune)
      Pour les parents du ravisseur, ils sont assez âgés, la mère est malade, et ils veulent que leur fils sorte de prison pour que la mère puisse profiter de sa présence tant qu’elle est encore vivante – ils ne se voilent pas la face sur leur fils, mais ils sont ses parents avant tout, et agissent en tant que tels…

    1. Malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de lui parler, juste d’entendre son intervention lors d’un échange entre Electra et David Treuer, mais il avait l’air bien sympathique 🙂

  3. Ce livre a tout pour me plaire : je le lirai.
    Pour ce qui est des méandres psychologiques et de choses qui à nous nous semblent improbables, je dirai que le traumatisme prend des formes très inattendues. Mon mari travaille dans une clinique où la semaine dernière, une femme a été hospitalisée pour des douleurs abdominales : elle a accouché quelques heures après d’un beau bébé de 2 kilos 8, ignorant très sincèrement qu’elle était enceinte (elle affirmait avaoir encore eu ses règles la semaine précédente). Le cerveau est un grand inconnu…

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