Le Chant de la Tamassee – Ron Rash

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Après avoir lu « Un monde à l’endroit », « Incandescences », « Un pied au paradis » et « Une terre d’ombres », je continue dans mon marathon Ron Rash avec son nouvel opus : « Le Chant de la Tamassee ».

Une petite fille de douze ans en vacances, Ruth Kowalski, se noie accidentellement dans une rivière, la Tamassee. A cause des forts courants, les plongeurs n’arrivent pas à dégager son corps, coincé sous un rocher. Ses parents ne peuvent se résoudre à ne pas récupérer le petit cadavre et décident donc de demander l’installation d’un barrage amovible sur la Tamassee pendant une journée, afin de détourner momentanément le cours de l’eau. Cette demande provoque la colère des locaux, certains parce que cette solution leur semble beaucoup trop dangereuse compte tenu de la violence du courant, d’autres, très impliqués dans les mouvements écologistes, parce qu’une loi fédérale interdit de perturber l’état d’une rivière classifiée « sauvage », ce qui est le cas de la Tamassee. Devant l’ampleur que prend le débat, les médias affluent, dont Maggie, photographe de presse originaire du coin, et son collègue Allen, un journaliste reconnu pour lequel elle éprouve une attirance.
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Ron Rash

Comme souvent, Ron Rash nous plonge dans un microcosme, une petite ville de la Caroline du Sud, où tout le monde se connait, où tout le monde est ou a été plus ou moins lié. Pas de référence à la Guerre de Sécession cependant, l’intrigue tourne autour d’une opposition entre la douleur de parents qui ont perdu leur petite fille et veulent absolument récupérer son corps et la réticence, plus ou moins forte, des locaux pour des raisons de danger et de protection de l’environnement. Si l’eau était une composante importante d’« Un pied au paradis », elle est ici l’élément central du roman à travers la rivière de Tamassee. La vision de l’auteur reste la même : l’eau n’est pas synonyme de bienfait, de pureté, mais vectrice de drames et de morts. Si le thème principal est bien l’opposition entre les parents et les locaux, et au delà de cette bataille, le combat entre la protection de la nature et le progrès destructeur, on suit également dans « Le Chant de la Tamassee » le retour au pays de Maggie, qui a un oeil à la fois extérieur en tant que journaliste et intérieur car elle connait la force de la rivière et les intervenants depuis qu’elle est née. La jeune femme doit gérer une relation conflictuelle avec son père, un homme aujourd’hui très malade, mais également ses sentiments naissants pour Allen son collègue journaliste.

« Le Chant de la Tamassee », s’il vient d’être publié en France, n’est pas l’ouvrage le plus récent de Ron Rash, mais son deuxième roman, publié en 2004 aux Etats-Unis. Même si j’ai trouvé ce livre intéressant, bien écrit et plaisant à lire, il m’a moins convaincue que ceux que j’ai lus précédemment. Je pense que ma réticence vient du traitement des personnages et de leurs relations. Le récit est narré à la première personne par Maggie, pourtant j’ai eu du mal à m’attacher à ce personnage, tout comme je n’ai pas trouvé que le personnage d’Allen était bien incarné. Je n’ai pas non plus vraiment adhéré à la relation naissante entre Allen et Maggie, qui à mes yeux était en trop dans ce roman. J’aurais préféré que le récit se focalise uniquement sur les tensions dans la petite ville et sur la relation entre Maggie et sa famille, sans être parasité par cette relation à laquelle je n’ai pas vraiment cru.

Malgré le thème évoqué, j’ai trouvé que le roman était paradoxalement assez plat, et manquait d’intensité et de relief, surtout en comparaison des autres romans de Ron Rash que j’ai déjà lus. Est-ce que l’auteur aurait du mal à tenir sur la longueur avec une narration portée par un personnage féminin? Le récit est très bien mené, mais je l’ai trouvé assez prévisible – le final était exactement, dans les moindres détails, ce à quoi je m’attendais.

L’écriture de Ron Rash est toujours aussi belle, les thèmes évoqués – la mort d’un enfant, l’écologie, l’équilibre entre empathie et protection de la nature – sont très pertinents, pourtant le traitement des personnages m’a déçue, j’ai lu ce roman avec plaisir mais je ne l’ai pas dévoré comme je l’avais fait avec les autres livres de l’auteur. L’écrivain est doué donc cela reste un bon livre, mais à mes yeux pas à la hauteur du talent de l’auteur. « Le Chant de la Tamassee » n’est donc pas le titre que je conseillerais à une personne qui veut découvrir Ron Rash…

Publié le 14 janvier 2016 aux éditions du Seuil, traduit par Isabelle Reinharez, 231 pages.

10e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMélo.

14 commentaires sur “Le Chant de la Tamassee – Ron Rash

  1. Bonsoir Eva, de Ron Rash, j'ai beaucoup aimé Serena et Un pied au paradis. Sinon, j'ai lu Un monde à l'endroit qui ne m'avait pas du tout enthousiasmée donc j'ai arrêté avec cet écrivain dont on est en train de tout publier ou presque et ce n'est pas forcément une bonne idée. Bonne soirée.

  2. Parce qu'il s'agit de Ron Rash, parce qu'il vient d'arriver dans ma PAL, j'ai hâte de le lire. Mais je retiens que ce n'est pas son meilleur! D'ailleurs, les deuxièmes romans sont souvent moins éblouissants! Je viens d'ailleurs d'en faire l'expérience avec le deuxième roman de Louise Erdrich: "Le pique-nique des orphelins".
    Heureusement, il m'en reste de meilleurs à lire de Ron Rash!

  3. C'était mon premier Ron Rash et j'ai été un peu déçue par le côté excessif des positionnements des différents partis en présence, pour moi cela a nui à la crédibilité de cette histoire.
    Je lirai volontiers "Un pied au paradis".

  4. @ Joëlle : oui ce n'est pas le meilleur pour commencer – Le monde à l'endroit est top également

    @ Bonheur du Jour : oh oui vas-y les yeux fermés c'est un auteur à ne pas manquer

    @ Tiphanie : Serena est le dernier roman de Rash qu'il me reste à lire 🙂

    @ Jerome : hâte de savoir ce que tu en as pensé 🙂

  5. @ Marie-Claude : pas encore lu le Louise Erdrich … Mais j'ai hâte de savoir ce que tu penseras de celui-là

    @ Tant qu'il y aura des livres & Clara : clairement pas !

    @ Dasola : ah zut Un monde à l'endroit est mon préféré 🙁 mais je note que tu as aimé Serena

  6. @ Mymy : Un monde à l'endroit ou Un pied au paradis

    @ Lea : heureusement que je n'ai pas commencé par celui -là car je me serais arrêtée là avec Ron Rash

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