Cortex – Ann Scott

Ann Scott est une auteure que je lis depuis très longtemps, je l’avais découverte il y a plus de quinze ans avec « Superstars », suivi du recueil « Poussières d’Ange », que j’aime vraiment beaucoup. J’attendais donc avec impatience la parution de « Cortex », son dernier roman « A la folle jeunesse » datant de 2010. La sortie de « Cortex » était régulièrement annoncée depuis…2015, j’ai même retrouvé un mail que j’avais envoyé à Stock en Novembre 2015 pour demander quelle serait la date de parution ! C’est finalement en Mai 2017 que le roman est sorti, et je pense d’ailleurs que la première mouture a été complètement retravaillée, puisque le récit fait écho à la très difficile année 2015 qu’ont subie les Français.

L’idée de départ est terrible mais sublime en terme d’inventivité : une bombe explose à Hollywood, pendant la cérémonie des Oscars, alors que les plus grandes stars sont présentes dans la salle…On suit les destins croisés de trois personnes pendant les quelques jours de chaos qui s’ensuivent : Angie, une réalisatrice française qui venait de retrouver par hasard son premier amour, Jeff, compositeur de musiques de films qui était nominé aux Oscars. Burt, new-yorkais connu sous son vrai nom comme un scénariste talentueux, mais célèbre anonymement pour ses vidéos et ses podcasts satiriques, qui était aux Oscars pour faire un sketch déguisé en Tom Hanks. Russ, producteur des Oscars, et veuf depuis peu.

Quand on attend la parution d’un roman depuis longtemps, le risque est de mettre la barre trop haute, et donc d’être déçu…Heureusement « Cortex » a été un coup de coeur! Je l’avais amené avec moi en vacances à Cuba, et je l’ai lu en deux soirs à Trinidad, impatiente de le terminer tout en ayant envie de le faire durer pour mieux le savourer. Il faut savoir qu’à Cuba l’accès à Internet est compliqué et je n’ai donc pas été connectée durant une semaine, mettant de côté ordinateur, tablette ou smartphone. Une situation qui fait écho aux propos tenus dans « Cortex », où Ann Scott livre notamment une réflexion sur notre société de plus en plus dématérialisée  et virtuelle.

Ann ScottCar au-delà de l’intrigue – la rencontre en ces trois personnes dans le chaos qui suit l’attentat, alors qu’on ne sait pas encore vraiment qui a été tué ou blessé parmi les stars mais qu’on se doute que le Cinéma a perdu de nombreuses personnes qui ont écrit son histoire – « Cortex » questionne notre rapport à la société, de façon très pertinente. Difficile de ne pas se retrouver dans les nombreuses phrases d’Ann Scott qui font mouche, notamment dans celle sur le cinéma, où elle dit qu’avant on allait au cinéma pour aller au cinéma, choisissant dans la file quel film on irait voir, puis on s’est mis à aller au cinéma pour voir un film en particulier, puis pour voir un film parce qu’il rend bien sur grand écran, pour finir par regarder presque tout sur home cinema… L’ambiance est sombre dans « Cortex » – on peut s’en douter vu le sujet – nostalgique, il y a beaucoup de solitude, cela parle de mort, de deuil – de très belles pages – de coma, de solitude…On sent que le roman est fortement marqué par les attentats de 2015. Et pourtant des éclaircies, avec la rencontre entre Angie et Russ, entre Angie et Burt…et aussi ce bel hommage aux classiques du cinéma : difficile de ne pas avoir envie de se replonger, entre admiration et effet doudou, dans les films qui ont marqué le 7e Art français et américain. L’attentat a touché les plus grands réalisateurs, acteurs, scénaristes, techniciens…Outre l’aspect célébrité – imaginons un monde où les stars mondiales meurent toutes en même temps – quel futur pour le Cinéma et pour l’Art en général?

Et puis il y a Los Angeles. Cette ville étrange, où je suis allée deux fois sans réussir à m’y attacher, cette ville incompréhensible pour mon cerveau français. Si on parle beaucoup d’Hollywood dans « Cortex », c’est surtout cet effet bulle qui est mis en avant, ce malaise, cette grande solitude de LA, cette agglomération, où l’on ne peut quasiment rien faire sans voiture, où l’on passe son temps dans son véhicule, d’un point à l’autre – une situation qui est d’ailleurs dépeinte dans « LA LA Land ». Avec pourtant ces petits îlots où l’on semble respirer et prendre son temps, comme Venice Beach, mon quartier coup de cœur.

Ann Scott livre avec « Cortex » un roman dense, profond, universel. Un récit pessimiste mais pourtant traversé de belles éclaircies et de lueurs d’espoir. Le roman de la maturité, qui valait bien qu’on l’attende pendant toutes ces années!

Publié en Mai 2017 aux éditions Stock, 310 pages.

23 commentaires sur “Cortex – Ann Scott

    1. cela faisait 7 ans qu’elle n’avait pas publié de roman… elle a connu le succès début des années 2000 avec Superstars, elle est dans la mouvance de Virginie Despentes, mais plus littéraire, et moins trash.

  1. Tu en as déjà touché un mot avant sur un des réseaux sociaux, il a été proposé à la masse critique de Babelio mais je n’ai pas eu la chance de l’avoir.

  2. Bonjour, je viens de le finir, presque entièrement parce que j’ai sauté des passages ( ce n’est pas bien, je sais) mais je trouve qu’il y a des longueurs et des réflexions trop appuyées sur le cinéma. On a l’impression que l’auteur a casé ses références cinématographiques. En revanche la réflexion sur les réseaux sociaux est pertinente ( effectivement chacun veut émettre des commentaires sur les réseaux sociaux et donner son avis…).

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