Moscou – Schalom Asch

Dernier tome de la trilogie de Schalom Asch après « Pétersbourg », et « Varsovie », « Moscou » suit toujours Zakhari Mirkin, jeune homme russe de bonne famille, qui se cherche, et que l’on avait quitté à Varsovie, où il avait découvert à la fois la pratique du judaïsme, la précarité, et les mouvements révolutionnaires, au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale…

On le retrouve cette fois-ci à Moscou, en 1917, alors que la Révolution transforme l’équilibre du pays, l’économie, le système de classes,  les attitudes…une tension atroce règne – les révolutionnaires s’affrontent entre eux, le conflit entre Rouges et Blancs couve…les familles Mirkin et Halperine sont prises dans la tourmente, les bourgeois et aristocrates voient leurs maisons réquisitionnées, leurs bien confisqués…

Zakhari est loin d’être un sanguinaire, c’est un idéaliste, un humaniste, qui joue bientôt un rôle important dans le comité de guerre révolutionnaire, tout comme Zochka, la fille cadette des Hurwitz, la famille dont il s’était rapproché à Varsovie. Il va bientôt être le spectateur de l’effondrement des valeurs, des pratiques dictatoriales, des arrestations arbitraires alors que le pays sombre dans le chaos. 

Ce tome nous raconte la chute de ces deux grandes familles de Saint-Petersbourg : les Mirkin et Halperine sont riches, bourgeois et juifs, trois bonnes raisons d’être pris pour cible. « Moscou » est parfois difficile à suivre, car il faut s’y retrouver entre les différents courants révolutionnaires, mais que ce livre est ironique et tragique, même si certains épisodes apportent de la lumière, comme ces retrouvailles et cette réconciliation entre père et fils. Il y a peu de possibilités pour nos personnages : la mort, l’exil, le combat…

Et difficile pour le lecteur de ne pas voir en filigrane, dans cette trilogie qui se nomme « Avant le déluge », et dans un roman qui nous parle d’un régime extrémiste, violent, totalitaire, mortifère, un autre régime qui finira d’effacer ce et ceux qui auront survécu au Bolchévisme. 

Une très belle trilogie, à la fois récit initiatique, grande fresque historique et saga familiale. 

Disponible chez l’Archipoche, traduit par Rachel Ertel, 570 pages.

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