Un Zoo en Hiver – Jiro Taniguchi

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« Un zoo en hiver » de Jiro Taniguchi, le célèbre mangaka récemment décédé, est un ouvrage plus confidentiel que « Quartier Lointain » ou « Le journal de mon père ». C’est un livre qui est clairement d’inspiration autobiographique, où Taniguchi nous raconte ses débuts en tant qu’auteur de mangas.

L’histoire commence en 1966, à Kyoto, où le jeune Hamiguchi – il n’a pas plus de dix-neuf ans – travaille dans une société de textiles. La monotonie des journées de travail est un jour troublée par le retour de la fille du patron, Ayako, récemment divorcée : en effet, son mari a découvert qu’elle le trompait. L’amant est un ancien employé de l’entreprise. Le patron ne souhaite pas que sa fille revoit son amant, et demande donc à Hamiguchi de la surveiller, une tâche qui rend celui-ci très mal à l’aise, d’autant plus qu’il s’aperçoit vite qu’Ayako est toujours en contact avec le jeune homme.

Lors d’un séjour à Tokyo pour rendre visite à un ancien camarade d’école, Hamiguchi, qui a toujours eu du talent pour dessiner, a l’opportunité de rejoindre l’atelier d’un grand mangaka, qui recherche un assistant. Il laisse derrière lui Kyoto et son emploi dans le textile pour s’installer à Tokyo. En compagnie de ses collègues, il découvre la vie nocturne, les sorties, les noctambules, les bars et ses entraîneuses…Le travail auprès du mangaka est extrêmement stimulant, mais aussi chronophage et fatiguant, et Hamiguchi comprend vite qu’il va avoir du mal à produire ses propres créations, manquant de temps, de concentration, mais aussi d’inspiration… Pourtant, la rencontre avec une jeune fille malade va lui donner la motivation pour créer et se dépasser…

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J’avais déjà lu « Un zoo en hiver » à sa sortie en 2009 et je me souviens que je n’avais pas vraiment accroché à cet ouvrage, le trouvant un peu fade et ennuyeux. Il est en effet moins flamboyant que « Quartier Lointain », mais il ne manque pourtant pas de charme. C’est un roman d’apprentissage qui retrace les deux premières années de la vie professionnelle d’un mangaka – très inspiré de la vie de Taniguchi – de 1966 à 1968 : deux années où le jeune homme va s’affranchir d’une vie professionnelle toute tracée dans une entreprise de textile, mais aussi de sa famille qui ne soutenait pas sa passion pour le dessin et était effrayée qu’il envisage de se lancer dans une carrière artistique. C’est aussi la période où le jeune homme découvre l’amour, d’abord par procuration à travers l’histoire d’Ayako et de son amant, puis avec cette jeune fille malade. Le temps des premières sorties, des premières cuites, des premières expériences dans des milieux qui flirtent avec l’interlope (piliers de bars, yakuzas, entraîneuses, prostituées…) mais aussi des années de formation professionnelle intense auprès d’un grand mangaka. Et la création artistique n’a rien d’évaporé et de superficiel : ce sont ici des heures et des heures de travail qui nous sont présentées, entre le récit lui-même, le crayonné, les traits, l’encrage…en mode collaboratif au sein de l’atelier. Un fonctionnement très enrichissant, mais dont il faut s’affranchir assez vite pour créer ses propres œuvres si l’on ne veut pas rester assistant toute sa vie.

« Un zoo en hiver » n’est pas un récit trépidant – Hamiguchi est un jeune homme sage et raisonnable, mais il se dégage de cet ouvrage un charme un brin mélancolique. Les deux histoires d’amour sont un peu tristes : l’amour passionné se teinte d’amertume, le premier amour semble condamné par la maladie…Pourtant, Hamiguchi est attachant, avec son côté un peu naïf, lorsqu’il découvre la vie nocturne sans pourtant perdre de vue son désir de percer en tant que mangaka. Comme souvent dans les ouvrages de Jiro Taniguchi, le contexte permet de découvrir des pans de la culture japonaise : ici c’est plutôt la vie professionnelle qui est décrite, que ce soit dans un bureau ou dans un atelier de mangaka. J’ai d’ailleurs été surprise de voir que les employés – du bureau à Kyoto comme de l’atelier à Tokyo – vivaient ensemble dans des résidences!

« Un zoo en hiver » de Jiro Taniguchi n’est pas son ouvrage majeur, mais c’est un beau roman d’apprentissage, sur deux années qui représenteront le tournant d’une vie et la transformation d’un jeune homme réservé en un mangaka mondialement célèbre. A découvrir pour les fans de l’auteur! Pour ceux qui ne connaissent pas encore l’oeuvre de Taniguchi, je conseillerais plutôt « Quartier Lointain » (mon préféré!) ou « Le Journal de mon Père ».

Publié en 2009 chez Casterman, traduit par Corinne Quentin, 232 pages.

12 thoughts on “Un Zoo en Hiver – Jiro Taniguchi

  1. J’aime cette lenteur chez Taniguchi, je suis aux anges quand il ne se passe rien et que je passe mon temps à méditer avec ses personnages. Pas son meilleur, non, mais un incontournable dans sa bibliographie.

    1. oui je pense qu’il peut rebuter ceux qui ne connaissent pas encore l’univers de Taniguchi, « Quartier Lointain » est plus rythmé et accessible, et je suis d’accord avec toi, on va vite envie de tout lire 🙂

  2. Je mets un bémol à l’enthousiasme de Keisha car je m’étais quand même ennuyée avec un autre ouvrage de l’auteur nippon mais j’ai encore celui-ci à découvrir donc tes quatre coeurs me rassurent ! c’est amusant que tu en sois à ta seconde lecture et que ton avis évolue !

    1. moi aussi je m’étais ennuyée avec un autre livre, je ne sais plus lequel d’ailleurs…mais effectivement, les avis évoluent, donc peut-être qu’à une 2e lecture je l’apprécierais plus!

    1. oui c’est une collection de grande qualité, ça fait du bien de se dire que l’on peut aller vers des auteurs ou des titres que l’on ne connait pas, presque les yeux fermés 🙂

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